‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 104 sur 254 · LE SEKS DE LA DÉVOTION 1S · texte numérisé non relu

LE SEKS DE LA DÉVOTION 1S

même ".., La chasse vous est nécessaire pour votre ^ santé : cette raison est décisive; n*en ayez aucun scrupule \.. Pour votre santé^ il faut la ménager avec précaution j elle a toujours été très faible; elle doit Têtre plus que jamais. A un certain âge, il ne faut X^plus rien prendre sur le corps ; il ne faut abattre que Tesprit '. »

La tristesse est mauvaise conseillère; non seulement elle rend incapable de comprendre les beautés de l'amour divin, mais elle mine le corps : « Point de remède, un peu de repos, de liberté et de gaieté d'esprit. Ce qui mettra votre cœur au large soulagera aussi votre corps et soutiendra votre santé. La joie est un baume de vie qui renouvelle le sang et les esprits ; la tristesse^ dit l'Écriture, dessèche les os ^. » Fénelon voulait chez les autres ce qu'il croyait être la volonté du Créateur, l'épanouissement et l'équilibre des facultés données à l'homme, en même temps que la beauté du corps, pétri par Dieu au dernier jour de la création.

Fénelon rend la vertu possible au milieu du monde. Quand le Christ envoya ses Apôtres par toute la terre avec la noble mission de convertir les hommes au culte de Dieu, en esprit et en vérité, il les avertit qu'ils seraient persécutés, traînés devant les tribunaux

I. Œ, C, Vm, p. 461. — 2. Ibid.y p. 518. — 3. Ihid,, Vm, p. 540. — 4. Ihid.y Vn, p. 240.

l88 FÉNELON DIRECTEUR DE CONSCIENCE

et condamnés à mort. Le serviteur n'est pas plus grand que le maître. La prophétie s'est accomplie et la longue liste des martyrs a scellé la victoire de Jésus. Les persécutions n'ont pas cessé; tantôt sourdes et tantôt violentes, elles ont témoigné que le monde ne désarmait pas. La cité du Bien marche et vit avec la cité du Mal. Quand nous parlons du monde, nous ne comprenons pas la collectivité humaine ; à Dieu ne plaise que nous appliquions à tous les hommes l'anathème que le Christ a jeté un jour. Le monde que Jésus a maudit, c'est l'ensemble des gens pervers, jouisseurs, ennemis des choses saintes, que le xvii^ siècle appelait esprits forts et libertins. Il est heureusement sur la terre des âmes vaillantes, des cœurs purs, des amis de Dieu. L'Évangile n'a pas recommandé de s'enfermer dans les cloîtres, pour mieux faire son salut. S'il faut fuir les méchants et leurs mauvais conseils, il est toujours possible de vivre dans le monde et d'aimer Dieu. Les Apôtres ont vécu au milieu de leurs concitoyens. Les premiers chrétiens faisaient l'admiration des peuples; voyez comme ils s'aiment, disaient les païens étonnés.

Le christianisme s'est mêlé à la vie sociale, il a transfiguré le monde, il lui a parlé un langage nouveau, il a mis de la douceur dans ses mœurs, de la justice dans ses lois, de la charité dans son cœur.

Sans doute il y eut des moments d'angoisse dans la vie des peuples ; l'âme inquiète se demanda s'il était sage de rester ainsi au milieu des dangers. Des directeurs d'âmes, trop jaloux de conserver des cœurs

LE SENS DE LA DÉVOTION iS?

tout jeunes et pas encore flétris, les jetaient nombreux dans les couvents. Etait-ce un bien ? Que deviendrait le monde, privé des meilleurs exemples? Tous ne peuvent pas embrasser la vie des cloîtres. Dieu, dans ces temps d'hésitation, suscita des hommes pour enseigner que les chrétiens pouvaient et devaient vivre au milieu du siècle. Ayez confiance, j'ai vaincu le monde, avait dit le Christ ; et, forts de l'appui du Ciel, des saints apprirent aux chrétiens à ne pas se décourager et à suivre TÉvangile : « Je vous dis deux choses, écrit Fénelon à la comtesse de Gramont : la première que nous devions nous sanctifier dans l'état où la Providence nous, a mis, sans nous faire des projets ou desseins de vertu pour l'avenir; et la seconde, que nous devions avoir une fort grande fidélité à Dieu dans les plus petites choses... Notre salut est l'ouvrage de tous les jours et de tous les moments de notre vie. Il n'y a point de temps plus propre pour le faire, que celui que Dieu nous donne maintenant par sa miséricorde, parce que nous l'avons aujourd'hui et peut-être nous ne l'aurons pas demain... Si Dieu eût prévu que dans les cours des princes on n'eût pas pu se sauver, il nous aurait commandé de n'y jamais demeurer. Bien loin de nous avoir fait ce commandement, c'est lui qui fait les rois et qui règle leurs cours... Le royaume de Dieu est au dedans de vous-mêmes i c'est ce que Jésus-Christ nous dit dans son Évangile '. »

D'autres fois, la règle chrétienne devint un joug

Page 1