Œ. C, Vm, p. 46s
2. Nous avons un jour fort surpris un moraliste, en lui disant que la vertu était une habitude. Sans doute, nous ne pouvons ignorer les luttes perpétuelles de Thomme; il n'en reste pas moins vrai que la lutte nous donne la vertu qui, pratiquée longtemps, devient plus facile. En sens inverse, que de conversions rendues difficiles par les habitudes vicieuses ! D'ailleurs, Francis de Sales parle quelque part d'une affection naturalisa dans l'âme (Œ. C, VI, p. 43), et Bossuet dit aussi que la vertu peut se tourner en nature par l'habitude.
PRINCIPE DE LA DÉVOTION. l'aMOUR 203
Cet amour de Dieu, c'est la volonté constante de &ire ce que Ton sait être agréable à Dieu. Et comme il est bien gardé! Nous nous souvenons des distinctions subtiles de Fénelon parlant des acuités de 'âme, distinguant la volonté inférieure et supérieure le l'homme; on se rappelle cette suprême pointe de a raison, qui est conduite par une simple vue de 'entendement et un simple sentiment de la volonté; la dévotion doit être à cette cime de notre âme. L'âme pourra être accablée de stérilités, de sèche* resses; le corps, de travaux et de jeûnes; le fidèle n'a rien à craindre, s'il garde l'amour divin au milieu du cœur.
L'amour qui opère ces grandes révolutions n'est pas cet amour imparfait qui se confond avec l'espérance; mais cet amour noble et désintéressé, l'amour de Dieu pour lui-même, l'amour pur. Quand on aime quelqu'un, non pour le bien qu'il nous fait, ni pour le bien qu'on en espère, mais pour lui-même, les forces grandissent et croissent. Tout est possible à l'amour; plus il est désintéressé, plus il est puissant. La forme dernière de la charité, c'est l'amour de complaisance, oubli total de soi, contemplation des amabilités infinies, adhésion ardente de toutes les puissances à la perfection du souverain bien. Il semble que la personnalité de celui qui aime va se perdre et se fondre dans l'essence adorable de l'éternelle bonté. Ici-bas, un tel amour ne peut être que Vélan fugitif, l'extase passagère de l'âme exilée; mais quelle puissance et quelle force pour l'homme attiré vers ces divines clartés!
Les littérateurs, même catholiques, sourient toujours de cet amour pur. Qu'ils ouvrent un catéchisme élémentaire. Ils verront que la contrition parfaite n'est qu'un acte d'amour pur : « Mon Dieu, j'ai un extrême regret de vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable. »
Fénelon se soucie autant que ses contemporains de l'extérieur du chrétien. Quand la piété est fortement enracinée et arrosée par Tamour, tout marche à merveille. La religion pénètre toute la vie; on est chrétien toujours et partout, à l'églbe comme à la maison, dans son oratoire comme à la promenade : « Ne nous contentons pas de faire oraison le matin et le soir; mais vivons dans toute la journée; et comme on digère ses repas pendant tout le jour, digérons pendant toute la journée, dans le détail de nos occupations, le pain de vérité et d'amour que nous avons mangé à l'oraison. Que cette oraison ou vie d'amour, qui est la mort à nous-mêmes, s'étende de l'oraison, comme du centre, sur tout ce que nous avons à faire \ »
L'amour nourrit la piété; or la piété est le tout de l'homme; elle nourrit même la foi. L'adhésion de l'esprit, la soumission de la conduite sont la matière de la foi; la piété en est l'âme : « Et que Êiitdonc cette piété qui grandit et s'épanouit peu à peu dans toute la vie ? Est-ce qu'elle ne transforme pas la vie spirituelle en un eflfort continu de l'âme, marchant de conquête en conquête, et gagnant ainsi, par les