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CHAPITRE n

HONOPE DE LA DÉVOTION. l'aMOUR

Les religions antiques, et même la judaïque, eurent un culte tout extérieur. Athènes et Rome ne connurent que les rites, les cérémonies officielles, les pompes du Capitole. Qui songeait à la rénovation du cœur? On citerait inutilement les Perse, les Q>rnutus, les Marc-Aurèle. Le stoïcisme fut une petite église fermée dont la doctrine était réservée à une élite intellectuelle. Le peuple ne s'aperçut pas de cette mâle philosophie qui, malgré ses défauts, en&nta des modèles de courage.

Le Christ transforma le monde : à Tégoïsme, il opposa la charité; à Torgueil, la fraternité; à la haine, l'amour. Le sacrifice du cœur succéda à l'holocauste des boucs* et des génisses; un culte en esprit et en vérité remplaça les purifications légales. La religion de l'amour naissait. Les éclairs du Sinaï s'éclipsaient devant le rayonnement de Jésus, et le monde apparaissait transfiguré sur un nouveau Thabor.

L'histoire du christianisme, avec ses diverses renaissances religieuses, nous révèle que l'esprit humain est Êiible, mais que TÉgUse possède dans son sein des semences de vie et des germes d'immortalité. Oublieux des préceptes du Christ et de l'esprit qui les anime, les chrétiens revinrent plusieurs fois à cette religion extérieure et, tout fiers de ces pratiques

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matérielles, processions dans tes rues de Paris j bons coups d'épée contre les protestants, serments de défendre la religion des ancêtres. Us ne pensèrent plus à cuK-mêmes, à leur cœur, à leur âme, La iorce du protestantisme fut à T origine précisément cet oubli de Tesprit chrétien au xvi' siècle- Les âmes fortes virent avec terreur TÉglise romaine abandonner ce qui fit la force des premiers siècles chrétiens: la foi dans la puissance de la grâce, la poursuite des vices j la culture de l'âme,

La réforme de TÉglise arriva après les malheurs irréparables. Le concile de Trente ne pouvait ram^ ner les esprits égarés; il répondait aux désirs des croyants romains, des chrétiens qui ont mis leur foi dans Timmortalité de Pierre. C'était un moyen humain de laguérisondu catholicisme en Occident,

Le XVII* siècle fut profondément chrétien; cependant, ils étaient nombreux ceux qui accomplissaient leurs devoirs religieux comme on s'acquitte d'une fonction de l'État; qui accompagnaient Louis XIV à la messe, parce que le maître y allait. Le service de Dieu avait ses heures comme le plaisir. Ils étaient nombreux ceux qui vivaient comme s'ils ne croyaient pas. C'est à eux que s'adressaient les Bourdaloue et les Bossuet, quand ils tonnaient contre ces chrétiens qui se contentent de « Técorce et des grimaces ! »

D'un autre côté, ne voyez-vous pas que la crainte de Dieu est toute la religion du xvii' siècle ? Toute la religion, aussi bien des jansénistes que des Jésuites et que des hommes qui tenaient le juste milieu? Qu'y a-t-il dans tout Bossuet? Le dogme et Texpli-

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cation du dogme ; comme sentiment religieux, rien autre chose que la crainte de Dieu et de ses « grandes et terribles leçons ». Ce sentiment est le seul que les jansénistes aient connu j et il est au fond^ malgré tous les adoucissements de forme et de pratiques, dans l'enseignement des Jésuites. Cette religion d'écorce et de crainte, Fénelon ne pouvait la comprendre. Les hommes avaient défiguré son Christ, au doux regard, à la voix compatissante. On n'avait pas compris ce Dieu qui aima les hommes jusqu'à leur donner son Fils unique. On avait oublié que l'Évangile avait ramené sur la terre une religion intime, et tout intérieure.

Fénelon reprit la tradition des mystiques qui, mieux inspirés que les dogmatistes, avaient placé dans l'amour de Dieu le principe de toute religion ; et ils avaient bien agi, outre que c'était comprendre le vrai christianisme. Le pieux archevêque mit dans le cœur tous les préceptes de l'Évangile qui se résument en un mot : Aimer Dieu.

Le fondement de la vie chrétienne, ce ne sont pas seulement les sacrements et les pratiques extérieures, ce sont les affections et les préparations intérieures; la nouvelle loi est toute de charité, toute d'amour et d'amour surnaturel. Tout entière avec ses préceptes, institutions et obligations, c'est dans l'amour qu'elle consiste. Être chrétien, c'est travailler à transformer son âme et à la transformer par l'amour. Cette doctrine se retrouve dans toute la direction de Fénelon. La vraie religion pour le savant directeur, c'est l'amour divin renouvelant l'homme, c'est la charité

devenue Tâme même de l'âme. Il ne définît pas la dévotion, il la montre seulement sous différents aspects; mais il n*est pas difficile de trouver le terme qui renferme tout le secret : c'est l'amour de Dieu,

Fénelon s'adresse au cœur d'où part la volonté, et non pas à la sensibilité. U n'estime pas tant l'intelligence que le cœur. Tout homme, s'il ne peut pas comprendre, peut au moins aimer et vouloir, l'amour aidant la volonté. L'amour est supérieur à la crainte; la crainte paralyse l'élan de la volonté, l'amour aide à l'action : « On n'est point gêné en ne faisant que les choses qu'on aime à faire. Quand on fait une chose pénible avec un grand amour, ce grand amour adoucit la peine et fait qu'on est content de la souffrir. On ne voudrait pas être soulagé en manquant i l'amour dont on est rempli : on se fait même un plaisir de se sacrifier au bien-aimé ^ »

L'amour prend le premier rang et se loge dans la « fine pointe » de notre esprit; il doit changer l'âme et la délivrer des imperfections. H arrache les affections du péché et prend la place de la nature, rendant ainsi tout aisé *.

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