I. Œ. C, VIII, p. 458. — 2. /Wi.,p.5io. — 3./b«?.,p
nourrissent votre cœur... donnez à chaque vérité le temps de jeter une profonde racine dans le cœur; car il n'est pas seulement question de savoir, l'essentiel est d'aimer ; digérez donc à loisir chaque vérité, si vous voulez en tirer tout le suc pour vous en bien nourrir"... »
On peut s'apercevoir que le directeur ne s'arrêtera pas là; si le but de Toraison est l'amour, si la méditation n'est qu'un moyen pour y arriver, combien serait-il plus consolant si le cœur pouvait se mettre à aimer, dès son élévation à Dieu. Il ne faut pas vouloir entrer dans la Terre promise avant de marcher au désert... « C'est une des plus grandes règles de la vie spirituelle de se renfermer dans le moment présent, sans regarder plus loin... il n'est point question d'aller vite; il est question de bien aller*... » Cependant l'on ne peut s'empêcher de désirer ces muets entretiens que nous promet Fénelon, ineffables colloques de l'amour : « Que vous serez heureux, SI vous apprenez ce que c est que 1 occupanon de l'amour ! Il ne faut point demander ce qu'on fait avec Dieu quand on l'aime. On n'a point de peine 2 s'entretenir avec son ami, on a toujours à lui ouvrir son cœur, on ne cherche jamais ce qu'on lui dira, mais on le dit sans réflexions; on ne peut lui rien réserver; quand même on n'aurait rien à lui dire, on est content d'être avec lui. O que l'amour est bien plus propre à soutenir que la crainte ' !... »
I. Œ. C, VIII, p. 510. — 2. Ibid.y p. 511. — 3. nnd,y p. 465.
L'électeur de Cologne, nommé évèque, écrivit à l'archevêque de Cambrai pour en recevoir des conseils. La réponse est admirable de dignité, de prudence et de discrétion. Après quelques considérations élevées sur la dignité épiscopale : « Il faut que chacun n'ait qu'à vous voir pour savoir comment il faut faire pour servir Dieu; il faut que vous soyez une loi vivante », le conseiller continue ses avis et termine par Taflàire importante : « Il n'y a que la seule oraison qui puisse former un véritable évêque. » Comme jadis François de Sales enseignait la manière de prêcher, dans une lettre remarquable au jeune André Frémiot, nommé archevêque de Bourges, ainsi Fénelon écrivait à l'électeur de Cologne les moyens de répondre dignement au choix du Pape : « L'oraison n'est qu'amour; l'amour dit tout à Dieu; car on n'a à parler au bien-aimé que pour lui dire qu'on l'aime et qu'on veut l'aimer... L'oraison bien faite, quoique courte, se répandrait peu à peu sur toutes les actions de la journée; elle donnerait une présence intime de Dieu, qui renouvellerait les forces en chaque occasion; elle réglerait le dehors et le dedans, on n'agirait que par l'esprit de grâce, on ne suivrait ni les promptitudes du tempérament, ni les empressements, ni les dépits de Tamour-propre ; on ne serait ni hautain ni dur dans sa fermeté... on ferait à peu près les mêmes choses qu'on fait, mais on les ferait beaucoup mieux, avec la consolation de les faire pour Dieu et sans recherche de son propre goût ^ » Cette