I. Œ. C, Vin, p
union du cœur à Dieu apporte des charmes infinis que ne comprennent pas ceux qui ne les ont pas goûtés quelquefois. Précieuses consolations pour les humaines faiblesses!
Ces suavités ne sont point sans péril et les auteurs ascétiques ' nous expliquent clairement que la vertu solide et constante est indépendante de ces impressions.
La nature, toujours avide de jouissance, les savoure à l'excès et oublie facilement le Dieu des consolations pour le plaisir qu'elles donnent : d'un moyen, elle fait une fin.
Quand les douceurs disparaissent, on croit souvent que tout est perdu, et l'on ressent jusqu'au dégoût les amertumes du combat.
Tant qu'elles durent, on se persuade aisément que c'est l'essentiel de la vertu et de la dévotion ; de là une vaine complaisance en soi-même, à cause des caresses dont on croit être l'objet de la part de Dieu, et surtout la suspension de la marche, comme si Ton était au terme, tandis que ces consolations ont pour but d'accélérer le mouvement.
« On s'enivre d'une vaine consolation, lorsqu'on est soutenu par un goût sensible ; on s'imagine être déjà ravi au troisième ciel, et on ne fait rien de solide; mais quand on est daiis la foi sèche et nue, alors on se décourage, on croit que tout est perdu ^ » Voilà bien les deux dangers énoncés en peu de mots.
I. Cardinal Bona, De Discr, spir,^ c. 13, n. 2. — Richard de Saint-Victor, in Cant., c. 33. — 2. Œ. C, VIII, p. 600.
Quels sont les remèdes? Ce sont des explications de ces états d'âme. Les comparaisons ne manqueront pas. Fénelon rend tout sensible. Sa doctrine n*est pas nouvelle, et ce n'est pas ici que Ton pourrait trouver ce sens propre tant reproché à l'archevêque de Cambrai, La tradition ascétique ' est tout entière dans ces pages, le nouveau directeur a transformé les arides conseils des anciens et leur a donné la vie et la couleur.
« Laissez à Dieu le choix, tantôt de vous faire sentir, pour soutenir votre faiblesse et votre enfance dans la vie de la grâce ; tantôt de vous sevrer de ce sentiment si doux et si consolant qui est le lait des petits, pour vous humilier, pour vous faire croître... Ne voudriez-vous aimer Dieu qu'autant qu'il vous fera goûter du plais*ir en l'aimant? Ce serait cet attendrissement et ce plaisir que vous aimeriez, croyant aimer Dieu*... Il est bon d'éprouver sa faiblesse et d'apprendre par expérience que cette ferveur est passagère. Quand nous l'avons, c'est Dieu qui nous la donne par condescendance pour soutenir notre feiblesse. C'est le lait des petits enfents, ensuite il faut être sevré et manger le pain sec des personnes d'un âge mûr... on le sert avec d'autant plus de fidélité, qu'on goûte moins de plaisir en le servant 5, » Cependant, « ne laissez pas de goûter avec une simplicité d'enfant à la mamelle, toutes les douceurs que la
I. François de Sales, Introd,,^^ p., ch. 13; ch. 14. — Cassien, Coll., IV, c. 3. — Laurent Justinien, De Orat.y c. 5. — Guilbré, Max, spirit., 1. II, m. 5, ch. 2. — Louis de Blois, MoniL ^P< c. 3, S 3. — 2. Œ. C, Vni, p. 522. — 3. Ihid,, p. 535.
miséricorde divine fera couler sur vous ; car la sécheresse et l'onction, tout est également utile, quand c'est Dieu qui les donne ' ». D sait les conséquences de cet attachement aux douceurs sensibles et les signale : « C'est l'attachement au sensible qui fait tantôt le découragement, tantôt l'illusion; au contraire, c'est cette fidélité dans la privation du sensible qui préserve de l'illusion... Il est aisé de se dire à soi-même, j'aime Dieu de tout mon cœiïr, quand on ne sent que du plaisir dans cet amour; mais l'amour réel est celui qui aime en souftant*. »
L'âme ne peine jamais tant que dans cet état de sécheresse et d'aridité. Impossible de se mouvoir vers Dieu; nul attrait, nul élan.
Tantôt l'impuissance paraît venir de Tesprit. On dirait que la foi est éteinte, que Dieu n'est plus rien pour cette âme. David ressentit ces douleurs : « Je suis devenu en votre présence comme une bête de sommet »
Tantôt c'est le cœur qui est pris d'insensibilité; on voit ce qu'il faudrait faire, mais le cœur est de glace. L'âme redit comme le Psalmiste : « J'étends mes mains vers vous; je suis sous vos yeux comme une terre desséchée 4. » D'autres fois. Dieu semble s'être retiré; l'âme crie. Dieu reste sourd, on dirait qu'il dédaigne et qu'il repousse. Cette privation de toute onction devient un supplice. C'est alors que le directeur est nécessaire : « Il est facile dans cette