Œ. C, vm, p
2. Sainte Thérèse, Lettre à une Carmâite. — Cf. Lettres de sainte Thérlse, par le R. P. Grégoire de Saint-Joseph, 3 vol. in-80. Poussielgue, 1900. — La Sainte n*a dit nulle part : « Ou souffrir ou mourir », comme on l*a traduit à tort. Cette sentence « mourir ou souf&ir », qui se trouve dans plusieurs endroits de la séraphîque Mère, exprime toujours premièrement le désir de mourir. — Cette transposition ne réhabilitera pas probablement
monde, les actions héroïques sont rares, et, outre ce sentiment fier de soi-même qu'il n'est pas toujours bon d'exciter, il vaut mieux apprendre aux âmes à supporter les misères de la vie quotidienne. Puisque les petits ennuis de la vie sont fréquents, ils nous sont un des moyens les plus faciles pour notre amendement. L'entraînement, l'exaltation ne sont ici d'aucun secours pour la volonté; il faut une attention continue.
C'est peu de chose, dira-t-on, que de rester calme devant l'importun, d'être poli avec celui qui vous cause de l'ennui, de conserver toujours sa bonne humeur; que de courage! que de patience, que d'énergie! Là on ne craint pas l'orgueil : il n'y a, dans cette culture du bien, rien qui puisse flatter. Devant de si petits ennemis, les viaoires sont gagnées avec tant de peine qu'on ne peut avoir une grande idée de son courage.
Les efforts ne disparaissent pas par l'habitude, mais la volonté, grandit. L'athlète n'espérait pas vaincre sans déployer ses forces, sans lutter, mais, par des exercices répétés, il fortifiait ses muscles et préparait les victoires de l'arène.
Cette mécanique de la perfection n'est pas spéciale
la maxime aux yeux des gens du monde, mais enfin la différence n'est pas nulle. « Ou souf&ir ou mourir » paraît vouloir poser la souffrance en chose désirable par elle-même et tellement précieuse en soi, que la vie ne vaut plus rien sans elle. En réalité, ce que sainte Thérèse demandait : c*était ou la mort, c'est-àdire, à ses yeux, remarquons-le bien, la délivrance définitive, U joie parfaite, le bonheur sans fin et sans péril, ou une vie qui méritât cette récompense et qui la méritât par Tépreuve.
à la formation religieuse. Quel philosophe, quel sage ne cherche pas à conformer sa vie à des principes directeurs? Que fait-il pour détruire la nature primitive ? par l'examen de conscience, par la réflexion et par la pratique, les principes entrent dans le cœur et changent la nature.
<f Cette méthode, appliquée au sentiment religieux, fécondée par la croyance que la grâce en mûrit les fruits, cette méthode donne à la foi toute la force de l'amour, toute la force de la nature. Ceux qui seront élevés à cette école seront naturellement chrétiens et religieux, tout ce qui viendra d'eux gardera la marque de leur cœur converti... Qu'ils le veuillent ou non, dans leurs pensées s'ils pensent, dans leurs écrits s'ils écrivent, dans leur conduite en tout cas, on retrouvera toujours que l'âme est misérable, que le péché la poursuit, que la passion la gouverne, qu'un changement radical peut seul la sauver. Lorsque les croyants prétendent secouer le joug de leurs croyances, ils sentent qu'ils contredisent le besoin le plus impérieux de leur âme. Reviennentils à la piété, l'heure de la conversion est pour eux l'heure où ils retrouvent leur voie, où ils rentrent dans leur nature. Et c'est le nouvel et grand argument des apologistes de la foi que ce trouble de l'âme égarée hors de la foi, que cette paix de l'âme revenue dans la foi '. » Fénelon a présenté cet argument dans une belle lettre au duc de Chaulnes : « Que je serai content, si je vous trouve décidé, et entièrement