I. Œ. C, VIII, p. 514. — 2. Ihid,, p. 446. — 3. Ps. Lxvii
2, 3. — 4. Ps. LXII, 2.
disposition de se laisser aller en cent actions à une manière d'agir fort naturelle, ou de donner au moins quelque peu à ses sens... d*agir humainement, et de perdre cette délicatesse de conscience si nécessaire pour conserver la pureté de Tâme'. »
Le premier devoir du directeur est de découvrir les causes des aridités : notre vie dissipée, nos négligences, nos infidélités ne nous permettent pas de jouir des consolations spirituelles : « Évitez tout ce qui dissipe et qui vous passionne; par là, vous retrancherez la source de tout ce qui distrait dangereusement et qui dessèche Toraison*. »
Fénelon revient souvent sur cette pensée, que nous ne méritons pas les douceurs de Tamour divin à cause de notre vie passée; d'ordinaire, il laisse croire que la Providence a ses vues secrètes dans ces ligueurs.
Dieu se retire de Tâme pour l'exciter à le désirer, à le chercher avec plus d'empressement; il veut l'exercer aux vertus fortes et héroïques. Rien ne la dépouille d'elle-même comme le sentiment que lui donnent ces épreuves de son insuffisance et de sa stérilité : « Dieu a retiré ces dons sensibles pour vous en détacher, pour vous apprendre combien vous êtes faible par votre propre fonds et vous accoutumer à servir Dieu sans ce goût qui facilite les vertus ^ » Fénelon s'expliqua un jour sur les sécheresses avec une science profonde ; il écrivit au P. Lami : « Dieu
1. Bossuet, Lettres de piété et de direction : sur Vétat de sécheresse,
Œ. c, VIII, p. 626. — 2. Œ. c, vm, p. 537. — 3. lind.,
Vm,p.539.
fait donc deux choses pour l'âme, au lieu qu'il n'en fait qu'une pour le corps. Il donne au corps la nourriture avec la faim et le plaisir de manger, tout cela est sensible. Pour l'âme, il donne la faim qui est le désir, et la nourriture; mais, en accordant ses dons, il les cache, de peur que l'âme ne s'y complaise vainement; aussi, dans les temps d'épreuves où il veut nous purifier, il nous soustrait les goûts, les ferveurs sensibles, les désirs ardents et aperçus... L'oraison est très différente du plaisir sensible qui accompagne Souvent l'oraison. Le médecin fait quelquefois manger le malade sans appétit, il n'a aucun plaisir à manger, et ne laisse pas de digérer et de se nourrir. Sainte Thérèse remarquait que beaucoup d'âmes quittaient par découragement l'oraison dès que le goût sensible cessait; et que c'était quitter l'oraison quand elle commence à se perfectionner. La vraie oraison n'est ni dans le sens, ni dans l'imagination; elle est dans l'esprit et dans la volonté... D y a un plaisir indélibéré et sensible qui prévient la volonté et qui est indélibéré ; celui-là peut être séparé d une très véritable oraison : il y a le plaisir délibéré qui n'est autre chose que la volonté délibérée même. Cette délectation, qui est notre vouloir délibéré, est celle que le Psalmiste commande et à laquelle il promet une récompense. Delectare in Domino , et daUt tibi petitiones cordis tui. Cette délectation est inséparable de l'oraison en tout état, parce qu'elle est l'oraison même, mais cette délectation, qui n'est qu'un simple vouloir, n'est pas toujours accompagnée de Tautre délectation prévenante et indélibérée qui est
sensible. La première peut être très réelle et ne donner aucun goût consolant. C'est ainsi que les âmes les plus rigoureusement éprouvées peuvent conserver la déleaation de pure volonté, c'est-à-dire le vouloir ou l'amour tout nu, dans une oraison très sèche, sans conserver le goût et le plaisir de faire oraison : autrement, il faudrait dire qu'on ne se perfectionne dans les voies de Dieu, qu'autant qu'on sent augmenter le plaisir des vertus, et que toutes les âmes privées du plaisir sensible, par les épreuves, ont perdu l'amour de Dieu et sont dans l'illusion. Ce serait renverser toute la conduite des âmes et réduire toute la piété au plaisir de l'imagination '. »
L'oraison renouvelée chaque jour finit par donner à Tâme un besoin immense de l'objet qu'elle voulait aimer. Dieu devient la vie même de l'âme qui se transfigure et n'est plus qu'un avec Lui.
La pratique donne à l'âme une habitude de la vertu. Fénelon ne conseille pas les hautes vertus. Lame, tout éprise de Dieu, est prête à tout souffrir; le martyre même lui semble une joie, « mourir ou souffrir, tels doivent être nos désirs* ». Mais, en ce