‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 136 sur 254 · DE LA THÉORIE A LA PRATIQ.UE · texte numérisé non relu

DE LA THÉORIE A LA PRATIQ.UE

monde la piété de Marthe, au cloître les ravissements de Marie.

Moraliste profond, il a saisi avec finesse les ravages de Tamour-propre et il dénonce ce nouveau Protée avec un courage étonnant; il poursuit ce serpent partout, jusque dans les replis les plus détournés, avec une rare vigueur, il devine ce mal terrible avec une intuition merveilleuse. Le directeur doit être moraliste et psychologue. Comme les théories les plus brillantes et les démonstrations les plus claires restent impuissantes sur l'esprit, si le cœur n'est gagné, le directeur s'adresse à la source féconde de toute vie et de toute belle action; il parle au cœur avec son cœur, et rien ne résiste à l'émotion tremblante de l'ami qui se penche attentif sur nos maux pour les guérir, sur nos douleurs pour les endormir, et sur nos doutes pour les illuminer.

Que doit donc enseigner le vrai directeur pour conduire les âmes dans la paix et le salut? Fénelonne conseille pas les pénitences corporelles à outrance et il reconnaît bien fondé le précepte antique du mens sana in corpore sano. Il rêvé un chrétien gai, pacifique, content; il veut que la piété brille dans le monde, et, pour la préserver de tout contact impur, il la place au centre de l'être, dans le cœur. Ni les tyrans, ni les croix, ni les supplices ne peuvent vaincre l'asile saint de ce temple intérieur. On pourra me montrer les plus laida tableaux, me faire entendre les plus captivantes mélodies, l'amour du Christ, qui demeure en moi, est un divin ferment qui conserve mon âme et la mène à la gloire.

Loin de rendre la dévotion impossible par la multiplicité des observances extérieures, il réduit tout à l'amour qui rend tout aisé, même la pratique des plus héroïques vertus et des plus rigoureux préceptes. Vivez, faites vos devoirs d'état, voilà la pénitenœ quotidienne; chaque jour suffit à sa peine; c'est ce que conseille, c'est ce qu'ordonnerait Fénelon, s*il n'avait le talent de le faire comprendre dans un langage charmant. La piété, telle que la comprend Fénelon, c'est l'harmonie de l'être, prélude et base de l'harmonie universelle.

Les moyens, que le savant directeur nous communique pour arriver à ce résultat merveilleux, sont précisément ceux que les philosophes, tant anciens que modernes, ont vantés pour acquérir toute vertu naturelle, pour obtenir toute beauté morale, pour conserver tout sentiment élevé. L'examen de conscience, l'oraison et la pratique ne sont pas seulement la mécanique de la piété, mais de tout renouvellement moral, quel qu'il soit.

Telle est, en quelques mots, la théorie de la direction de conscience, comme on la trouve expliquée, ou tout au moins exposée dans la correspondance de Fénelon. Qu'arriva-t-il dans la pratique? Les plus beaux projets s'évanouissent souvent devant les nécessités impérieuses de la vie ; les plans, les mieux préparés, échouent devant les fantaisies d'une mer en courroux, devant les intempéries de l'air ou même devant un obstacle moindre encore. La réalité, vivante et présente, est l'épreuve irrévocable de l'idée pure. Les esprits chimériques s'arrêtent, inquiets et impuis-

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