DE LA THÉORIE A LA PRATIQUE
sants^ devant les barrières de la vie positive; ils construisent en Tair et la stérilité est le fruit de leurs rêves mythiques.
Que devinrent les idées de Fénelon sur la direction de conscience? U faut le dire, jamais pratique ne fut plus conforme à la théorie. Nous le verrons dans la seconde partie de notre ouvrage. Déjà nous pouvons jeter un coup d'œil sur le pays à explorer.
La correspondance de Fénelon ne s'adresse qu'à des personnes de la plus haute distinction d'esprit, de cœur et de situation : ce sont des ministres, des grands seigneurs, l'épouse du roi, un héritier du trône, des femmes de la plus grande noblesse. Tout roule autour d'un même cercle; l'aristocrate Fénelon, semble-t-il, attirait les gentilshommes et les possesseurs des antiques blasons. Mais n'est-ce pas dans ces hautes sphères que la piété paraît difficile à pratiquer ? N'est-ce pas à la cour, au milieu des joies enivrantes, que la dévotion risque de s'évaporer, que l'Évangile peut se défigurer ? Sans doute, elles étaient fortes ces âmes qui se mettaient sous la vigoureuse direction de Fénelon. Le directeur sut très habilement, sans feire fléchir les principes chrétiens, montrer la religion à la cour plus brillante que toutes les joies extérieures ; il apprit à servir le ciel et le roi, à rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu.
Si de la cour nous passons dans le monde, voilà le soldat chrétien fidèle à la patrie et à sa religion; voilà la femme encore étourdie des lumières éblouissantes de Versailles qui cherche une main compatis-
santé, Fénelon la guide dans l'amour de Dieu et dans les voies du ciel, sans la détourner des devoirs de sa profession.
Jamais directeur n'eut plus de succès ; il avait tout prévu, quand il posait les bases de sa conduite. Appuyé sur l'Évangile qui ne faillit point, il sut comprendre la religion du Christ et l'expliquer aux âmes avides de vérité.