Faguet, DiX'Septiètne siècle, p
Cette femme ne fut ni fille, ni roère^ ni même époase. Son père était vil, sa mère ne raimait pas, elle n'eut pas d^enfantSj et elle épousa successivement deux hommes âgés et malades* Qui s^étonnera qu'uo peu de sécheresse se soit glissé dans ce cœur comprimé? Admirons plutôt cette gaieté qui passe à certains moments sur le front de cette femme toujours obli* gée de se contenir. Qui nVût pas été saisi de vertige dans ces coups imprévus de cette merveilleuse fortune ? Françoise d 'Au b igné était le bon sens et U ferme raison, et c'est pourquoi elle étonne encore aujourd'hui ceux qui ne veulent jamais voir ces qualités viriles chez des femmes ; Consultons la raison, disait Louis XFV en se tournant vers M""^ de Maintenon* L'épouse du grand roi nous charme par la droiture du coeur, par le sentiment net de la vérité des choses pratiques^, le sens du réeL
M"* deMaintenon eut du génie en matière d'éducation. On sait comment elle fonda Saint-Cjnr, pour élever gratuitement deux cent cinquante demoiselles nobles, à qui le roi assurait ensuite des dots pour se marier ou entrer en religion. M*"= de Maintenon fut une éducatrice merveilleuse, d'un sens droit et fenne, d'un tact exquis, d'un art infini pour façonner les esprits et les cœurs. Elle voulut faire des caractères droits et des esprits justes : grand principe pédagogique. Pour le détail, elle ramenait tout au rôle futur de la femme ; il faut que ses filles soient plus tard des mères de familles pauvres, honnêtes, courageuses et sans orgueil. Cette œuvre de Saint-Cyr est excel-
lente- Le bon sens sert à tout^, etj quand le goût s'y joint j il opère des merveilles '-
Fénelon^ dès son entrée i la cour, sut plaire à j.M™* de Mainte non; le charme de son caractère avait pintraînè l'esprit et le cœur de cette femme supérieure; elle lui montra une confiance qu'elle n'éprouva jamais pour personne au même degré. C'est à l'hôtel de M- le duc de Beauvilliers que l'abbé de Fénelon se rencontra avec elle. Personne ne pouvait être indiffèrent au mérite d'un homme^ dont rimagination brilbnte etlaconversatioti toujours animée ne s'écartaient jamais du bon goût et de h parfaite raison. C'était justement ce que prisait le plus la nouvelle épouse du roi,
Saint-Simon nous dit que Fénelon possédait plus que personne le don de plaire; « qu'il avait pour cela des talents faits exprès; une douceur, une ÎBsinuation, des grâces naturelles qui coulaient de source; un esprit Ihcilej ingénieux^ fleuri, dont il faisait toujours un usage convenable à chaque chose et à chaque personne ; un abord facile à tous, une conversation légère et toujours décente ; un conmierce enchanteur; une aisance qui en donnait aux autres ;
1 * Les instructions de M^^^ de Ma intenon qui ont irait au rDariagCj au célibat, à Tentrée des jeunes filles dans le monde, fieraient à elles seules un traité de morale pratique, d*iine élévation, d'un sérieux, d'une vérittï qui mettent Fauteur t:n singulière estime dans les cœurs honnêtes. Cette femme eùr bien mérité d*avoir une Elle-
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cet air, ce bon goût, qu'on ne tient que de l'usage de la meilleure compagnie et du grand monde, qui se trouvait répandu de soi-même dans toutes ses conversations * ».
Les critiques s'accordent à reconnaître que les avis de Fénelon à l'épouse de Louis XIV ne sont pas seulement contenus dans les quelques lettres intercalées dans les Ltttrts spirituelles ^. Dans les Instructions ou Avis sur diférmts points de la morale et de la perfection chrétienne ', beaucoup de recommandations ne peuvent être adressées qu'à M"* de Maintenon, si on considère l'appropriation de ces conseils à la situation particulière de cette illustre personne.
Tenue par devoir dans la plus haute situation mondaine et guidée par la plus pure dévotion, elle ne savait comment concilier ces deux exigences. Les conseils de Fénelon sont dictés par le tact le plus juste et le sens le plus vif des nécessités de la vie. Il faut supporter les plaisirs et les dissipations de la cour et en prendre ce qui est nécessaire : « Vous ne devez point, ce me semble, vous embarrasser sur les diver-
1. Les historiens nous ont transmis un billet de M™e de Maintenon à M»»* de Saint-Géran : « J'ai vu encore aujourd'hui Tabbé de Fénelon, il a bien de l'esprit, il a encore plus de piété : c'est justement ce qu'il me faut. » Ce petit mot fait partie des lettres apocryphes fabriquées par La Beaumelle. M^e de Saint- Géran n'a pas eu de correspondance avec M«e de Maintenon. Voyez Geffroy, II, p. 167 (Afine de Maintenon, d'après sa con:espondance authentique, 2 vol in-12. Paris, Hachette, 1887).