‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 177 sur 254 · I. Géruzez, Littérature française, II, p · texte numérisé non relu

I. Géruzez, Littérature française, II, p

ensuite le jeune homme à ne sentir et à ne vivre que dans son précepteur.

Dans cette lutte entre la nature et l'intelligence, fénelon savait bien que la piété seule pouvait assurer un résultat définitif. Chez tous les homnoies, la religion peut seule donner au caractère la force nécessaire pour se dominer; chez un prince, elle est Tunique jfirein capable d'arrêter la violence des penchants naturels qui ne trouvent partout que flatteries et complaisances.

Le duc de Bourgogne, guidé par son pieux précepteur, devint en peu de temps si fidèle à la grâce, qu'il fit Tadmiration de cette cour de Versailles, Lependant si frivole ; « Les premiers jours du printemps, a dit Vauvenargues, ont moins de grâce que la vertu naissante d'un jeune homme '. » L'idée de la grandeur de Dieu se grava profondément dans son âme.

Un jour, raconte Fénelon, il voulait cacher ce qu'il avait fait ; « je le pressai de me dire la vérité devant Dieu. Alors il se mit en grande colère et il s'écria : « Pourquoi me le demandez-vous devant « Dieu ? Hé bien ! puisque vous me le demandez « ainsi, je ne puis pas vous désavouer que j'ai fait « telle chose. » D était comme hors de lui par l'excès de la colère, et cependant la religion le dominait tellement, qu'elle lui arrachait un aveu si pénible. »

Fénelon l'avait accoutumé sans fatigue à tous les

I . L'allocution, prononcée à la première communion du duc de Bourgogne par Fénelon, est conservée à la Bibliothèque du séminaire Saint-Sulpice, section des manuscrits.

Fénelon. — C. 20

petits exercices de piété : prières, oraisons, examens de conscience. Cet enfant de 12 ans, agenouillé dans la chapelle de Versailles, demandait au Roi des Rois de se corriger de ses défauts et de bénir le roi, son grand-père. Dans le silence, il oflBrait son cœur à Dieu et sa prière était agréable au Très-Haut. L'historien, qui nous a si bien renseigné sur les défauts du jeune prince, fut si frappé de ce changement soudain, qu'il en vit la cause dans la seule religion : « En très peu de temps, dit Saint-Simon, la dévotion et la grâce en firent un autre homme et changèrent tant et de si redoutables défauts en vertus parfaitement contraires. De cet abîme sortit un prince affable, doux, humain, modéré, patient, modeste, humble et austère pour soi, tout appliqué à ses obligations et les comprenant immenses, il ne pensa plus qu'à allier les devoirs de fils et de sujet à ceux auxquels il se voyait destiné *. »

Admirable précepteur, Fénelon fut encore un professeur remarquable. Passionné pour la beauté littéraire, il s'eflForça de faire passer dans l'esprit du duc de Bourgogne un peu de ce goût pour les lettres, qui ne le quitta jamais; il réussit. Le « petit prince », comme Fénelon l'appelait dans l'intimité, reçut une forte éducation classique. Nous avons un reflet de ce qu'étaient les leçons de ce grand et channant esprit, dans les FableSy les Dialogues des Morts, et surtout dans le Télétnaque; mais cette voix douce et pressante, ces yeux admirables qui parlaient tout seuls, cette

Page 1