‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 186 sur 254 · Œ. C, VII · texte numérisé non relu

Œ. C, VII

salutaires vérités, bien des malheurs eussent été épargnés à la France. Qui parlera aux rois, si les représentants de Dieu se taisent ?

Fénelon a vu plus tôt que personne le mal du despotisme. L'éclat du grand règne ne Ta pas étourdi. Une telle clairvoyance, à la cour même, et au milieu du plus grand éblouissement, n'était pas d'une âme médiocre. Les réformes projetées par Fénelon eussent peut-être sauvé le trône. Le peuple, même à la fin du règne de Louis XTV, aimait ses rois, et la monarchie avait encore assez de force et de prestige, pour se transformer elle-même et opérer, avec une sage lenteur, des réformes qui lui auraient épargné la catastrophe de 1793. La petite partie chimérique, qu'on trouve dans ces vues politiques, fût restée à l'état idéal devant les nécessités de la réalité, et tout le bien pratique, qui est immense, eût été accompli. Viser au parfait n*est pas l'indice d'un esprit chimérique. Nous pouvons rappeler ici ce que Fénelon disait lui-même de son traité de F Éducation des Filles : « Je prévois, dit-il, que ce plan d'éducation pourra passer, dans l'esprit de beaucoup de gens, pour un projet chimérique, mais je prie de considérer que, quand on entreprend un ouvrage sur la meilleure éducation qu'on peut donner aux enfants, ce n'est pas pour donner des règles imparfaites : on ne doit pas trouver mauvais qu'on vise au plus parfait dans cette recherche. »

Pour être complet, il faudrait parler des Lettres et des Mémoires de Fénelon, sur les aflPaires de la succession d'Espagne. Il ne s'agit plus de plans généraux, de réformes futures, mais bien de faits quotidiens. D

donne son avis avec beaucoup de précision et de fermeté- C'est une politique pratique, trop pratique, OB serait tenté de le dire : car, dans les moments désespérés^ il veut la paix et la paix à tout prix. C'est Louis XIV qui a été chimérique et il a eu raison. Il a sauvé la France, sans la laisser humilier. Son mémoire an duc de Beauvilliers^ en 1701^ ^«r les moyens de prévenir la guerre^ contient des vues sages, habiles et bien informées.

En résumé, Fénelon appartient à cette école qui fait passer les principes avant les intérêts, et qui rendrait à jamais impossibles, parmi les hommes, les révolutions violentes, en les prévenant sans cesse par ces réformes paciiiques et glorieuses qui font avancer les sociétés dans le progrès, par la seule puissance de la vérité mieux connue et de la justice évangélique plus abondamment prariquée*

Où trouver l'esprit chimérique de Fénelon, puisque! n'existe pas dans ses moyens d'action en Saintonge % ni dans son traité d'Éducation des Filles *, ni dans ses Lettres spirituelles \ nï dans ses vues politiques ? On pourrait répondre, tant l'histoire a démenti Timprudente parole de Louis XTV, qu'il était dans le roi plus encore que dans l'archevêque. Nisard, en voulant détruire une légende, en a créé une autre.

1. « Ses Lettres ne renferment que des conseils d*un esprit pratique et tout à fait exempt d'illusions. » Crouslé, II, ch. i.

2. Tous les critiques sont d'accord. Cf. Nisard, Crouslé, Faguet.

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