I. Saint-Simon, IV, p. 176 et
Vendôme voulait recommencer U bataille; dans un autre temps, les armées françaises, habituées à vaincre, eussent été plus ardentes le lendemain que le jour même de la bataille^ mais on n'était plus à ces brillants moments. Avec des troupes découragées, fatiguées, avec le souvenir de Hochstedt et de Ramillies, on ne pouvait plus rien risquer ; le paru des généraux remporta, et la retraite s'opéra sur Gand sans ordre et dans une confusion qui montre ce qu'eût été une nouvelle bataille. Le prince Eugène et Marlborough vinrent assiéger Lille. Boufflers s'y jeta et illustra son Dom par une héroïque défense.
L'émoi fut vif k Versailles. Ce fut un cri général contre le duc de Bourgogne qu'on accusait de timidité, \ Les amis du prince le défendirent. La cour fut partagée en deux camps. Tous ces bruits arrivaient à Cambrai et pénétraient d'angoisse Fâme de Fénelon, n sentit qu'il devait fortifier et soutenir ce jeune homme qu'on avait envoyé au péril, en lui donnant » comme conseillers des adversaires déclarés* Il lui adressa une série de lettres qui mettent au jour la direction forte et pratique du directeur. Au commencement de septembre^ ii apprend que le prince songe à retourner à Versailles, avant la fin du siège de Lille, ii lui écrit de rester à la tête des armées jusqu^à la fin de la campagne : « Quand un grand prince comme vous. Monseigneur, ne peut acquérir de la gloire par des succès éclatants, il faut au moins qu'il tâche d'en acquérir par sa fermeté, son génie et par Sfô ressources dans les tristes événements. » Quelques jours après, ses inquiétudes sur ce point
étant dissipées, il écrit de nouveau : (c On ne connaît ni les autres hommes, ni soi-même, quand on n'a jamais été dans l'occasion du malheur, où l'on to la véritable épreuve de soi et d'autrui. La prospérité est un torrent qui vous porte; en cet état, tous les hommes vous encensent, et vous vous enivrez de cet encens. Mais l'adversité est un torrent qui vous entraîne et contre lequel il faut se raidir sans relâche... Sans la contradiction, les princes ne sont point dans Us travaux des hommes y et ils oublient l'humanité. Il faut qu'ils sentent que tout peut leur échapper, que leur grandeur même est fragile, et que les hommes qui sont à leurs pieds leur manqueraient si cette grandeur venait à leur manquer... Oserai-je ,vous dire ce que j'apprends que le public dit ?... On a conçu les plus hautes espérances des biens que vous pourrez faire; mais le public prétend savoir que vous ne décidez pas assez, et que vous avez trop d'égards pour des conseils très inférieurs à vos propres lumières "... »
Le duc de Bourgogne savait entendre ces vérités; il répondit en se disculpant très simplement. Les bruits défavorables persistant, Fénelon envoie une nouvelle lettre où toutes les accusations portées contre lui sont énumérées avec une vigueur de franchise qui devait sonner singulièrement aux oreilles du prince :
« Loin de vouloir vous flatter. Monseigneur, je vais rassembler ici toutes les choses les plus fortes qu'on répand dans le monde contre vous.
« On dit que vous êtes trop particulier, trop ren-