‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 200 sur 254 · Saint-Simon, VII, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, VII, p

2. Il y aurait un joli travail à faire sur « Fénelon jugé par Saint-Simon ». On remarquerait quelques erreurs; M. Crooslé en a relevé quelques-unes (I, p. 13, 143, 144). Nous recommandons la lecture de Saint-Simon, par G. Boissier, chez Hachette. Lire en particulier les ch. m et iv de la deuxième partie. L'on s'apercevra qu'il faut se défier de la critique de Saint-Simon, pour les personnes qu'il n'aime pas surtout.

LE DUC DE BOURGOGNE JfJ

jour après son exil, « allumèrent son sang d'une telle fièvre, qu'il mourut lui-même véritablement de la mort du duc de Bourgogne ».

A cette âpreté d'ambition^ M. Brunetière ' donne même des conséquences assez inattendues. Pendant son exil, elle serait devenue « la source de ses plus rares vertus, et son orgueil aurait fait en lui de plus heureux efFets que son humilité I w L'ambition n'est pas la source, mais la mort de la vertu. Voici ce qu'il disait lui-même le 23 février 17 ro au vîdame d'Amiens : «-.* L'ambition ne porte pas son reproche avec elle^ comme d'autres passions grossières et honteuses. Elle naît insensiblement, elle prend racine, elle pousse^ elle étend ses branches sous de beaux prétextes, et on ne commence à k sentir que quand elle a empoisonné le cœur. Défiez**vous; elle allume la jalousie; elle se tourne en avarice dans les hommes les plus désintéressés; elle gâte les plus beaux naturels; elle éteint l'esprit de grâce. » Si cette passion égoïste, fruit de Torgueil et de la cupidité, qui recherche le pouvoir dans un intérêt personnel, avait régné dans îe coeur de Fénelon^ il n*y aurait pas eu place pour ces élans de piété, cette ardeur de charité divine, cette sainteté toute sacerdotale, qui ne vont pas sans le détachement des choses de la terre. Il faut ou bien nier ces vertus, attestées par les contemporains et d'innombrables documents, ou bien renoncer à cette accusation d'ambition, répétée sans preuves depuis Saint-Simon,

i^ Grande Encychpêdief an, Fëndon.

« On ne peut être trop exact dans ses preuves, quand on ose blâmer Fénelon »^ a dit Nisard.

L'a-t-il été assez lui-même, quand il a osé lui attribuer cet odieux calcul d'ambition : « Fénelon, qui, toute sa vie, désira d'entrer dans le gouvernement, se flattant, non tout haut, non avec l'indiscrétion d'une ambition grossière, mais discrètement, peutêtre en se le reprochant, qu'il régnerait quelque jour... »

Ni les actes, ni les écrits de Fénelon ne justifient cette accusation. Ordonné prêtre, il pense à partir pour les missions du Levant et à fuir ainsi les honneurs auxquels sa naissance et ses brillants talents n'auraient pas manqué de l'élever dans la carrière ecclésiastique. Ce n'est pas là de l'ambition. Pour expliquer ses hautes relations à la cour, il suffit de rappeler ses qualités personnelles. Son dernier historien, M. Crouslé, qui est un juge sévère, nous les énumère en quelques lignes ' : « Toutes les personnes qui pouvaient être consultées par le roi, connaissaient son mérite extraordinaire, sans qu'il eût compromis son caractère par de vulgaires intrigues. Si l'on cherche à se représenter l'idée que les personnes en état de l'apprécier devaient alors se faire de cet homme rare, c'était un esprit d'une étendue surprenante, fécond, flexible, sublime, gracieux, plaisant; un caractère enchanteur dès le premier abord, en qui l'on découvrait ensuite une gravité, une sévérité, une hauteur inattendue; un personnage saint par ses

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