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du temps. Ce dut être une scène à la fois déchirante et pleine de grandeur que celle où Ton vit, au milieu des splendeurs de Versailles, cette mort de rhériÈÎer du trône, à vingt-neuf ans, devenant par la foi chrétienne, Tespérance du bonheur céleste, le dédain de la vie, la reconnaissance sincère envers Dieu pour la délivrance d^une charge aussi écrasante que celle de régner, devenant, dis-je, comme un jour de triomphe pour celui qui échappait pour ainsi dire à la vie. Ce coup, qui réduisait tant d'espérances à néant, montra comme dans un lumineux éclair, et la fragilité des choses humaines, et la force invincible de ces croyances devant lesquelles la mort elle-même est forcée de s*avouer vaincue '. »
Cette mort eût mis fin au rôle ingrat de conseiller que Fénelon jouait, depuis si longtemps, auprès de ses amis de Versailles, s'il eût été vraiment un ambitieux, comme on s*est plu à le dire. Tout était fini et mort pour lui; mais il aimait sincèrement son pays, et il ne se croyait jamais quitte envers lui. Aussi la correspondance avec Versailles reste aussi active que par le passé. Le péril imminent que la mort de Louis XTV fait courir à l'État exalte son patriotisme. D'aucuns voient dans ce goût si vif pour les choses politiques une sève d'ambition peu commune.
L'accusation n'est pas nouvelle. Saint-Simon pksiste perpétuellement sur une veine secrète d'ambi-
I I. Emmanuel de Broglie, Fénelon à Cambrai, p. 353.
tion^ quand il parle de Fénelon; le &meux duc et pair n'a pas pénétré à loisir dans toutes les parties de cette âme aimable, et il ajoute un mot qui aurait dû faire réfléchir les critiques postérieurs sur la valeur de son témoignage. Rappelant une conversation avec le duc de Chevreuse où il était question de Fénelon, l'historien ajoute : «Je ne le connaissais que de visage; trop jeune quand il fut exilé, je ne l'avais pas vu depuis '. »
G)mment un historien pouvait-il bien appeler un personnage comme Fénelon « ambitieux », puisqu'il ne le connaissait pas ^ ?
L'accusation a été reprise de nos jours avec une certaine vivacité. D'après M. Brunetière, cette ambition longtemps inconsciente, Fénelon n'aurait commencé à la sentir que fort tard, après 17 12, quand la mort du duc de Bourgogne eut emporté dans la tombe ses dernières espérances. Même alors, pour se relever de sa chute, le prélat aurait feit un suprême effort, en se tournant vers le duc d'Orléans : « Si ce n'est pas là de l'ambition, ajoute-t-il, je ne vois guère de passion qui puisse en mériter le nom. » — « Ces vastes ambitions qu'il avait si longtemps nourries », et qui ne firent que grandir de jour en