Saint-Simon, III, p
3. Honoré-Charles d'Albert, duc de Montfort, mort en septembre 1704 des suites d'une blessure reçue, tandis qu'il escortait un convoi pour Landau.
D résolut de changer de vie et il s'adressa au guide de la famille.
Fénelon lui apprit le premier la mort du duc de Montfort, et ses premières paroles furent un appel touchant et délicat à cette âme insouciante : « J*ai ressenti, Monsieur, avec une grande amertume, la perte que vous avez faite; j'en zit encore le cœur malade. Vous avez vu de près, dans un exemple touchant, la vanité et l'illusion du songe de cette vie '. » Le ton s'élève, il devient plus pressant : « Vous connaissez la vérité, Monsieur, vous voudriez l'aimer... Mais le torrent vous entraîne... Que tardez-vous? Attendezvous que vos passions soient épuisées pour les lui sacrifier? Voulez-vous, en attendant que vos goûts pour le monde s'usent, passer votre vie dans l'ingratitude, dans la résistance au Saint-Esprit et dans le mépris des bontés de Dieu ? Voulez-vous tenter l'horrible événement de ces morts précipitées où Dieu •surprend les pécheurs ingrats et endurcis? » En finissant, il lui annonce la paix et la joie, récompense des luttes antérieures et gage du bonheur futur.
Le coup était porté, d'une main sûre et délicate; la semence jetée va germer; la terre n'était pas toute prête; mais levidame, en homme courageux, se mit à l'œuvre sans regarder par derrière. La conversion est une œuvre de longue patience. Le cœur, avec ses désirs, ses aspirations, ses mirages, ne se tourne pas tout de suite vers la vérité ou tout au moins ne s'y