‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 205 sur 254 · I. Œ. C.y VII, p. 245. 22 octobre · texte numérisé non relu

I. Œ. C.y VII, p. 245. 22 octobre

JJE DUC DE CHAULHES ^67

attache pas immédiatement. Que de résistances ! Que de pas en arrière! Que de cris déchirants dans cette opération douloureuse du détachement de soi, Fénelon devrait être le modèle de ces trop ardents directeurs qui ne comprennent pas les résistances des âmes^ leurs chutes et leurs rechutes, La nature humaine est faible. Le Christ n*a eu que de la pitié pour les misères humaines, et Je vois le bien et je ne le fais pas, et je fais le mal que je déteste » : c'est le cri de rhomme. C'est un beau spectacle que nous donne ce militairej le vidame d'Amiens, attentif au milieu des camps à s'observer et à se gourmander. L'antiquité nous a transmis le souvenir de Marc-Aurèle, écrivant ses pieuses pensées sur les bords du Danube, tandis qu*U combattait les ennemis de TEmpire : cas unique qui montre Timpuissance de la philosophie stoïcienne pour le renouvellement de la morale publique. Le christianisme nous donne des saints sur le trône et sous le chaume^ dans la cellule froide du cloître et sous les vêtements de l'artisan , Tout homme^ en devenant chrétien^ naît à la lutte ; tous, nous portons en nous-mêmes des semences de mort qu'il faut anéantir, des attaches qu il faut couper, des liens secrets qu'il faut briser. Pour avoir part au bonheur du ciel, il faut auparavant passer par le creuset des souffrances.

Fénelon conseille au vidame de vouloir une bonne fois sa conversion et il lui indique les petits moyens pour transformer son âme ; « Ce que je vous demande n'est pas un effort de courage; c'est seulement de commencer ce que vous voyez bien qui

ne saurait être fait trop tôt, et de ne vous plus écouter vous-même. Vous vous épargnerez beaucoup de douleur et de danger ; vous en épargnerez même beaucoup à autrui, en tranchant tout d'un coup ^ » Penser à Dieu pendant la journée, le matin et le soir plus spécialement, est une des conditions de salut : « Réservez-vous, chaque jour, un quart d'heure de liberté le matin et autant vers le soir, pour vous accoutumer à puiser à la vraie source ^ »

Fénelon ne laisse plus de repos à ce cœur incertain. Si le vidame reste quelque temps sans écrire, le directeur craint qu'il ne s'arrête dans ses désirs de perfection ; dans la lutte avec soi-même qui n'avance pas recule : « Votre silence, Monsieur, commence à m'attrister. Vous m'avez permis de le réveiller : donnez-moi de vos nouvelles. Si vous n'en avez point de bonnes à me mander, affligez-moi plutôt que de ne rien me dire '. » Puis, il le presse davant^^e, à mesure que le temps passe, avec bonté, mais avec quelle force latente ! Jamais l'autorité, tempérée par un sens exquis de la mesure, n'avait parlé avec tant de profondeur : « Peut-être que les impressions de grâce, que vous sentez encore, sont les dernières grâces que la miséricorde de Dieu fait à votre cœur. Hodie si vocem ejus audieritiSy nolite obdurare corda vestra...

« Méprisez les armes des hommes; mais ne méprisez pas les jugements de Dieu. Hélas! je crains

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