I. Œ. C, Vm, p. 6i6. — 2. Ihid., p. 66i
MADAME DE MOÏJTBERON 395
demandé une plus grande obéissance, et il passe pour autoritaire. Nous trouvons même qu'il n'a pas assez usé de son autorité ; après deux cent vingt-cinq lettres et quinze ans de lutte. M™* de Montberon n'avait pas changé^ à pan quelques soulagements passagers. Fénelon lui écrivait^ dans sa dernière lettre, les conseils qu'il avait jadis envoyés : « L'esprit de Dieu est toujours dans une action paisible. Retran* chez donc tout ce qui irait plus loin, et qui vous donnerait quelque agitation. Le parfait amour chasse la crainte'. Calmez votre esprit en Dieu, et que l'esprit calmé prenne soin de rétablir le corps. Retirezvous en celui qui tranquillise tout, et qui est la paix même^. »
Respectueux de la volonté et de la liberté, il vou* ut conduire par le raisonnement cette femme qui demandait des remèdes, sans vouloir guérir. Il lui montre d'abord le ridicule des scrupules : k Les choses que vous vous reprochez, et dont vous dites que vous avez horreur, ne sont que des faits sans malignité, et sans aucune véritable conséquence pour le prochain, que vous dites en conversation* En vérité, est-ce là de quoi se troubler ? Ces bagatelles excitent vos scrupules ; vos scrupules excités troubletït votre oraison, vous éloignent de Dieu, vous dessèchent, vous dissipent, réveillent vos goûts naturels et vous mettent en tentation contre votre grâce Voyez combien le remède est pire que le mal. Le mal n'est qu'imaginaire ; le remède est un mal réel \ »
I. I Joann., nr, i8. — 2. Œ. C, VIII, p. 709. — 3. Ibid. , p. 629.
Puis il indique avec délicatesse des moyens de guérison : « Vos besoins sont des droits que vous avez de me demander du secours. Puisque Dieu le veut, je le veux aussi; mais je vous demande deux choses. Tune est de ne rien cacher, et l'autre défaire ce que je vous dirai pour vaincre vos scrupules*. » n revient souvent sur l'obéissance : « La docilité est la seule ressource contre le scrupule. Vous êtes scrupuleuse sur des bagatelles, et vous ne l'êtes point sur une si grande indocilité : elle est très contraire au véritable esprit d'oraison. Pardonnez ce reproche'... Si vous étiez simple, vous obéiriez sans vous écouter. » Puis il ajoute : « Je n'ai garde d'entrer dans votre conduite, ni même de demeurer imi à vous, si vous ne me promettez les choses suivantes : I** Vous ferez tout ce qu'on vous dira pour augmenter votre sommeil et votre nourriture ; 2° vous suivrez la règle du P. R. pour vos confessions ; 3** vous chercherez simplement les consolations et les soulagements d'esprit qui vous conviennent. Je demande là-dessus une réponse prompte, franche et décisive ^ »
Mme Je Montberon fat peinée de ce traitement violent ; les malades demandent de grands ménagements. « Si mes paroles sont dures. Madame, lui répond Fénelon, n'oubliez pas, s'il vous plaît, mes expériences. Les termes modérés ne sont pas assez forts pour réprimer vos scrupules. Vous savez bien que mon cœur est très éloigné de vous traiter dure-