‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 236 sur 254 · I. Œ.C., Vm, p · texte numérisé non relu

I. Œ.C., Vm, p

entre immédiatement dans son sujet. Toute cette lettre forme un traité de haut mysticisme : nous en citerons quelques passages, pour faire connaître la sûreté de doarine de son auteur :

« La contemplation est un genre d'oraison autorisé par toute l'Église ; elle est marquée dans les Pères et dans les théologiens des derniers siècles : mais il ne faut jamais préférer la contemplation à la méditation. H faut suivre son besoin et l'attrait de la grâce, par le conseil d'un bon directeur. Ce direaeur, s'il est plein de l'esprit de Dieu, ne prévient jamais la grâce en rien, et il ne fait que la suivre patiemment et pas à pas, après l'avoir éprouvée avec beaucoup de précaution. L'âme, qui contemple de la manière la plus sublime, doit être la plus détachée de sa contemplation, et la plus prête à rentrer dans la méditation, si son directeur le juge à propos... mais, en quelque état éminent et habituel qu'on puisse être, la contemplation, ni acquise ni infuse, ne dispense jamais des actes distinas des vertus ; au contraire, les vertus doivent être les fruits de la contemplation. » Ces dernières paroles étaient précisément dirigées contre les quiétistes ; il continue à parler contre eux : « Pour Jésus-Christ, il n'est jamais permis d'aller au Père que par lui ; mais il n'est pas nécessaire d'avoir toujours une vue actuelle du Fils de Dieu, ni une union aperçue avec lui. H suffit de suivre l'attrait de la grâce, pourvu que l'âme ne perde point un certain attachement à Jésus-Christ, dans son fond le plus intime, qui est essentiel à la vie intérieure... Une voie, où l'on n'aurait plus rien pour Jésus-Christ, serait non seu-

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lemeBt suspecte, mais encore évidemment fausse et pernicieuse... Pour les lumières, les goûts et les sentiments auxquels vous dites : Vous n'êtes pas mon DieUj etc, cela est encore très bon ; il faut être prêt à être privé de ces sortes de dons qui consolent et qui soutiennent. » Puis il revient à la contemplation^ le grand débat des quiétistes,

« Le Verbe, en tant qu'il est incarné, quand il parle dans cette oraison, ne doit pas être moins écouté que quand xl parle sans nous représenter son incarnation ; en un motj Jésus-Christ peut être Tobjet de ta plus pure et de la plus sublime contemplation,,. Il n'y a aucun état où Tâme la plus parfaite puisse ni marcher, ni contempler, ni vivre qu'en lui et par lui seuL Une sufHt pas de tenir à lui confusément ; il faut être occupé distinctement de lui et de ses mystères. „ Cette contemplation pure et direae, où nulle image^ aï sensation n'est admise volontairement, n'est jamais, en cette vie, continuelle et sans interruption : il y a toujours des intervalles où Ton peut et où l'on doîtj suivant la grâce et suivant son besoin, pratiquer les actes distincts de toutes les vertus, comme de la patience^ de T humilité j de la docilité, de la vigilance et de la contrition; et, en un mot, il faut remplir tous les devoirs intérieurs et extérieurs marq^ués dans rÉvangile. »

C'était prendre position^ nettement et en peu de mots, contre les tendances des faux mystiques. Au reste, il ne voulait pas fermer sa lettre sans dire un mDt des expressions si belles des mystiques autorisés et « dont j'entends dire tous les jours avec douleur

qu'on a étrangement abusé... V abandon n'est que le pur amour dans toute l'étendue des épreuves, où il ne peut jamais cesser de détester et de fiiir tout ce que la loi écrite condamne, et où les permissions divines ne dispensent jamais de résister jusqu'au sang contre le péché pour ne le pas commettre, et de le déplorer, si par malheur on y était tombé... VactiviU que les mystiques blâment n'est pas l'action réelle et la coopération de l'âme à la grâce, c'est seulement une crainte inquiète, ou une ferveur empressée, qui recherche les dons de Dieu pour sa propre consolation. V état passif y au contraire, est un état simple, paisible, désintéressé, où l'âme coopère à la grâce, d'une manière d'autant plus libre, plus pure, plus forte et plus efficace, qu'elle est plus exempte des inquiétudes et des empressements de l'intérêt propre. La propriété que les mystiques condamnent avec tant de rigueur, et qu'ils appellent souvent impureté, n'est qu'une recherche de sa propre consolation et de son propre intérêt dans la jouissance des dons de Dieu, au préjudice de la jalousie du pur amour, qui veut tout pour Dieu et rien pour la créature. »

Voilà comment savait parler Fénelon, conmient dans les délicates questions de la plus haute spiritualité, il savait s'arrêter où commence l'erreur, comme il savait aller jusqu'aux limites extrêmes de la vérité, sans craindre de se tromper.

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