Delà son nom de Cfiarunnesse ei son titre de Madame
4l6 FÉNELON DIRECTEUR DE CONSCIENCE
placer sa seconde fille à Saint-Cyr. Chargée de conduire sa jeune sœur, la chanoinesse fut présentée par Tabbé Gobelin. M"* de Maintenon fut séduite par ses grâces et son esprit. Elle en fit bientôt sa confidente; puis elle désira en faire « une des pierres fondamentales de son établissement de Saint-Cyr », mais il fallait qu'elle fût Dame de Saint-Louis. « Il est grand dommage, écrivait M°** de Maintenon à Tabbé Gobelin (lo octobre 1685), que la chanoinesse n'ait pas de vocation, car ce serait un excellent sujet '. » Et tous les historiens d'ajouter : cette vocation, on la lui imposa, et c'est Fénelon qui fut chargé de consommer le sacrifice.
Il est triste de voir avec quel sang-froid des esprits sérieux font peser, sans preuves, les plus graves accusations sur des hommes comme Fénelon. On semble ignorer le caractère de l'homme qui montra plus que tout autre le plus profond respect de la volonté individuelle ; qui, plus que tout autre, voulait suivre la lente évolution des âmes qu'il menait dans les voies de la perfection ; qui, sans se décourager, disait et redisait les mêmes avis, dans l'espoir de convainae enfin l'esprit et d'entraîner la volonté; qui savait mieux que tout autre que la paix de l'âme réside dans la conformité de la vie avec les secrets desseins de la Providence. Cet homme aurait, pour faire plaisir à la demi-reine qui gouvernait le roi, jeté dans le cloître une jeune fille qui n'était pas destinée à cette mort sublime qui s'appelle le sacrifice perpétuel de