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LES PREMIÈRES ANNÉES DE FÈNELON

Sont-ils rares les prêtres qnl, au sortir du sacerdoce^ encore tout humides des onctions du Pontife, ont eu ces nobles sentiments ? et feut-il, pour un excès de style imagé, suspecter Tintime pensée d*tifi coeur évangélique? Les hommes d'imagination vive concrètent leurs pensées par des images que les intellectuels trouvent exagérées; un mathématicien ne peut pas comprendre un poète et Fénelon fut poète. Saint Jérôme exhorte Héliodore à ne pas écouter les cris du cœur pour fuir le monde i & Je n'ai pas un cœur de pierre ni des entrailles de fer; je n'ai pas été engendré par les rochers^ ni allaité par ies tigresses d'Hyrcarnie, moi aussi j'ai passé par les déchirements que tu redoutes- m Dira-t-on que ce style imaginé, trop fort peut-être, nuit à la vérité de la pensée ? Que Fénelon jette des fleurs sur ce départ douloureux du missionnairCj pour calmer sa peine et les craintes de son correspond an t, qui peut s* en offenser ?

Fénelon suspendit l'exécution de son projet ; son onde, l^évêque de Sarlat, s'employa pour Fen détourner et pour donner une autre direction au ^éle du missîonnaîre. En .attendant, il lui résigna un petit hénèHct^ le doyenné de Carenac dans le Querci- Jeune et le cœur plein de cette douce gaieté, pvivil^e des hommes sains de corps et d'esprit, à qui ta vie n'a pas dit encore toutes ses amertumes, il rendît compte à sa cousine, la marquise de Laval % de

1895, 1, p, 7) hésite entre les deux affirmations ; ou plutôt IL û'hésitû pas, cette lettre est une gasçonnade* I. Œ. C., VII, p. 394.

la prise de possession de son bénéfice. C'est une belle description^ fraîche comme le printemps.

Absorbé par des travaux série uXj tourmenté par des luttes terriblesj miné par des chagrins cruels, Fénelon ne rira plus; il gardera la sérénité des sages; pas même avec le joyeux Destouches^ il ne montrera cette âme enchantée de la nature et des hommes. Ses yeux et ses lèvres souriront encore devant la grâce et la jeunesse; jamais plus Tâmej oublieuse des choses du dehors, ne s'abandonnera à la gaieté juvénile de ce brillant récit de son entrée à Carenac.

Fénelon se consacra j pendant trois ans, au ministère ecclésiastique dans la paroisse Saint-Sulpice, Le di manche j il expliquait Ttcriture sainte au peuple etj tous les jours^ il allait soulager les infortunes, consoler les misères, sécher les larmes. Le monde frivole j qui s*extasie facilement devant les actions d'éclat, ignorera toujours Tabîme de dévouement caché dans le cœur du prêtre, de Tapôtre divin des peuples, héritier de la charité de ce Christ qui s'apitoyait si tendrement sur le sort des foules misérables. De ce contact avec le peuple, Fénelon Taristocrate acquit la conviction que^ dans le peuple, se cachent de grandes misères. C'est là que germa cette tendre commisération pour les infortunes, qui resplendit dans ses écrits et que ses actes n'ont point démentie.

Appelé k diriger les Nouvelles Catholiques, Fénelon « montra, dit Bausset, dans son nouvel emploi,

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