‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 37 sur 254 · LES PREMIÈRES AKK^ES DE FÉNELON · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES AKK^ES DE FÉNELON

Quand on lit k correspondance de Féoelon avec Seignelay, on est frappé de la préférence qu'il donne

imprimer en Hollande et ensuite de répandre chcî les tiouvcauit convertis, des lettres qui montrassent le ridicule et remporteraeut de celles de Jurieu. Il faudrait aussi qu'elles fissent voir l'extravagance des prophéties par lesquelles on abuse des peuples. Afia que ces lettres ne fussent point suspectes» il faudrait qu'elles ne parussent point catholiques. Uenvie et ia division, qui régnent *Q Hollande entre leurs docteurs, rendraient cela très vraisemblable. On pourrait même laisser croire que ces letcres seraient faites parAubert de Versé, socinien, ennemi implacable de Jurieu, €t qui Écrit, en effet, tous les jours en Hollande» contre lui. Ccst un homme d'une rapidité i accabler Jurieu, Peut-être M, Tambassadeur, qui est sur les lieux, pourrait, avec un peu d'argent, se servir de cet homme et de ses semblables pour ùire diversion et pour semer des libelles qui décrieraient le parti des ministres réfugiés en ce pays- là. Du moins^ ces libelles seraient lus ici avec empressement et avec fruit, h Ainsi corrompre ou calomnier, acheter^ s'il se peut, la trahison d'Aubert de Versé pour lui faire semer la zizanie parmi ses coreligionnaireSj ou si Ton y réussit point, faire fabriquer des lettres tendant au même but et laisser croire qu'elles sont faites par Aubert : voilà le procédé recommandé par Fénelon. Et on s^écrie : ce n*est pas Bossu et qui aurait agi ainsi t Peut-être, mais Bossuet laissait son secrétaire écrire contre les casuist es en faisant supposer que son ouvrage était d'un janséniste ou du moins d'un homme de Port -Royal (Ledieu, n, p. 421 à 42 î), et il avait souffert que son neveu usât contre Fénelon de certaines ruses de guerre bien moins recommandabies. H'a-t-il pas lui-même parlé contre sa pensée pour arracher à Bourdaloue un secret dont la connaissance lui importait? (Griselle, Bourdaloue^ p. 912). On aimerait que Fénelon se fût abstenu de pareille action. N'oublions pas que les actes sont souvent plus mauvais que Thomme et accusent son temps encore plus que lui. Fénelon a recours à ce procédé, parce que la violence lui répugne. Cela ne vaut pas mieux, dira-t-on, mais au moins le résultat était un peu différent : moins de gens en souffraient. Ce n'est pas ce qui transformera Fénelon en féroce persécuteur, C*est sur l'habitude des bonnes ou des mauvaises actions que doit se fonder ie jugement définitif à porter sur un

aux moyens doux et persuasifs; il aurait voulu que le ministre comprît à demi-mot que la violence ne saurait faire des conversions sincères : « Il nous serait facile, ^crit-il, de les faire tous confesser et communier, si nous voulions les presser pour faire honneur à nos missions. Mais quelle apparence de faire confesser ceux qui ne reconnaissent pas encore la vraie Église, ni sa puissance de remettre les péchés ? Comment donner Jésus-Christ à ceux qui ne croient point le recevoir ? Cependant je sais que, dans les lieux où les missionnaires et les troupes sont ensemble, les nouveaux convertis vont ensemble à la communion. Ces esprits durs, opiniâtres et envenimés contre notre religion, sont pourtant lâches et intéressés. Si peu qu'on les presse, on les verra faire des sacrilèges innombrables : on ne fera que les pousser par le remords de leur conscience jusqu'au désespoir, ou on les jettera dans une impassibilité et une indifférence de religion qui est le comble de l'impiété. Pour nous. Monsieur, nous croirions attirer sur nous une horrible malédiction, si nous nous contentions de faire à la hâte une œuvre superficielle qui éblouirait de loin ' . »

Ce sont là des sentiments éminemment chrétiens,

homme ; si quatre lignes d'écriture suffisaient à Laubardemont pour faire pendre un homme, vingt lignes de Fénelon, si déplorables qu'elles soient, suffiront-elles pour effacer tout ce qu'il a fait ou écrit pendant sa longue carrière ? L'histoire est tenue d'être plus juste que le juge qui fut l'âme damnée de Richelieu. I. Œ. C, VII, p. 197. — Jules Simon cite en note cette lettre de Fénelon dans son beau livre de la Liberté de conscience^ p. 124.

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pleins de charité et de douceur. Le missionnaire avait d'ailleurs gagné k conâance des nouveaux convertis par le charme et la grâce de ses procédés, D demandait « que ces bons commencements fussent soutenus par des prédicateurs doux, qui joignissent au talent d'instruire celui d'attirer la confiance des peuples >5. L'esprit est toujours disposé à écouter avec bienveillance ceux qui ont su trouver le chemin du cœur. Il demandait encore que « le nouvel intendant n'exerçât pas une autorité rigoureuse qui le rendrait odieux ». Le résultat fut qu'à la cour on lui reprocha son excès de patience et de longanimité.

La légende, née au xviii* siècle, « d'un évêque tolérant qu'on se plaisait à opposer à Bossuet ' » n'est donc pas si fausse. Les philosophes ne se dissimulaient pas ce que la tolérance de Fénelon avait d'insuffisant; ils songeaient à Bossuet et ils trouvaient que Fénelon gagnait à la comparaison. Le pieux missionnaire considérait les dissidents comme des malheureux qui s'égarent et qu'on a le droit de ramener, même de force, dans la bonne voie, mais non pas comme des scélérats et des monstres qu'il ne s'agit que de châtier *.

Enfin rappelons-nous, pour finir cette question de la tolérance, les nobles paroles de Fénelon à Jacques El, chassé d'Angleterre et attentif aux conseils de l'archevêque de Cambrai ; il lui recommande

1. Ci. Revue Bleue, 9 janvier 1875, les éléments d'un chapitre sur « l'intolérance de Bossuet ».

2. En pleine période révolutionnaire (fév. 1793), Chénier eut son heure de succès avec sa tragédie de « Fénelon ».

éO FÊNELON DIRECTEUR DE CONSCIENCE

« sur toutes choses, de ne jamais forcer ses sujets à changer leur religion. Nulle puissance humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable de k liberté du cœur. La force ne peut jamais persuader les hommes ; elle ne fait que des hypocrites. Quand j les rois se mêlent de la religion, au lieu de la pro- i téger, ils la mettent en servitude. Accordez donc à tous la liberté civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience tout ce que Dieu souffre, et en tâchant de ramener les hommes par une douce persuasion ' ». Que fait-il dans son diocèse? Ferme sur la doctrine, il était | modéré pour les personnes : ff Le bruit public de ce | pays, écrit-il au duc de Beauvilliers, est que le con.sdl sur les affaires des huguenots, où vous entrez, ne prend que des partis de rigueur, ce n'est pas là le vrai esprit de l'Évangile. L'œuvre de Dieu sur les l cœurs ne se fait point par violence ; je suppose que j s'il y a rigueur, elle ne vient pas de vous, et que vous ne pouvez la modérer. » Que disait-il à son clergé ? Il recommande de ménager avec le plus grand soin l'esprit du peuple, dont il faut détruire les préventions et les habitudes, non par la force, mais par la douceur. Il écrivait dans le rituel qu'il fit rédiger pour le diocèse de Cambrai : « Qu'aucun ne s'écarte dans une matière aussi importante de cette maxime sublime de saint Augustin : « Il ne faut pas, à mon « sens, chercher à extirper les abus avec âpreté, « dureté, ou des formes impérieuses, mais plutôt <c par l'instruction que par des ordres, par le conseil

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