‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 36 sur 254 · LES PREMIERES ANNEES DE FÉNELON 5 S · texte numérisé non relu

LES PREMIERES ANNEES DE FÉNELON 5 S

n ouvrage de vorre règne: c'en est le propre carac* <^ tère. »

L emploi de la force contre les dissidents était un principe admis au xvu^ siècle, Bossuet écrivait à Basville: <t Je déclare que je suis et que j'ai toujours été du sentiment que les princes peuvent contraindre, par des lois pénales, tous les hérétiques à se conformer à la profession et aux pratiques de l'Église catholique.»

On ne peut pas exiger de Fénelon qu'il ne soit pas de son temps ; aussi le voyons-nous demander à lautorité de faire sentir son influence sur les nouveaux convertis: « Il est important, dit-il, que les gens qui ont l'autorité le soutiennent. » Il dénonçait à Seignelay, le secrétaire d'État, les voies d'évasion des malheureux huguenots qui voulaient fuir à l'étranger. Il faut tenir compte des fureurs du temps ; Fénelon écrit au ministre qui a reçu l'ordre d'être impitoyable. Louis XIV était exaspéré de la résistance; on lui avait dit le 21 juillet 1685 : « Ils (les protestants) ne seraient peut-être jamais rentrés dans le sein de l'Église par une autre voie que le chemin semé de fleurs que vous leur avez ouvert. » Cependant il ne faudrait pas, sous prétexte d'impartialité, contourner les textes et faire dire à Fénelon ce que Ton pense soi-même. Quand la passion envenime les débats, chacun traduit à sa façon. Un exemple entre plusieurs : Seignelay a fait traîner sur la claie un homme mort sans sacrements. Fénelon écrit ses impressions au ministre le 21 avril 1686: « On a fait, depuis quelques jours, dans l'île de Ré, un exemple qui a troublé et irrité les peuples ; je crois

que cette exécution produira avec le temps de bons résultats, car c'est un homme mort sans sacrements qu'on a traîné sur la claie, et cette rigueur servira à vaincre la mauvaise honte. Mais Vimpression présente est fâcheuse. Elle réveille un violent désir de sortir du royaume. J'en crains un autre inconvénient, c'est que chacun recevra les sacrements en hypocrite pour sauver la voierie. Il me paraîtrait plus utile d'employer l'autorité à écarter les gens indociles et à rendre les autres assidus aux instructions de l'Église. Sans recourir à des remèdes plus forts, l'ouvrage s'achèvera solidement, avec un peu de patience. » Cette lettre est un désaveu et non une approbation. Quand un supérieur a ordonné un châtiment, le subordonné n'ira pas lui écrire froidement que son ordre est criminel, surtout quand c'est chose faite. Fénelon, toujours poli et fin politique, ne blesse pas le ministre de Louis XIV. Il écrit comme parle tous les jours un chef de bureau, qui a de bonnes manières, à son ministre qui a commis une faute lourde. — Sans doute ce que vous avez fait peut avoir de bons résultats, déjà même on pourrait croire que vos moyens sont bons, cependant on peut craindre ceci ou cela. Le subordonné suggère au supérieur des raisons qui sont un blâme de l'ordre reçu. Où en serions-nous, s'il fallait résister en face aux supérieurs et leur dire sans détours que leurs ordres sont sots ou criminels? C'est heureux quand on peut, comme Fénelon, faire entendre la vérité avec des airs bienveillants'.

I. Les ennemis de Fénelon font grand bruit d'une lettre à Seignelay. La voici : « Il me paraît qu'il serait très utile de faire

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