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I. Œ. C, VIII, p

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Quand les soldats de Louis XIV passèrent par Cambrai dans la triste expédition de 1708, Fénelon les nourrit. Après le sanglant combat de Malplaquet, Cambrai fut rempli de blessés et de fuyards, en même temps que les paysans des villages environnants s'y réfugiaient en foule avec leurs troupeaux- Fénelon ouvrit toutes grandes les portes de son palais épiscopal et y reçut tous les fugitifs sans distinction. Les cours et les jardins forent remplis de bestiaux et de bêtes à cornes que les malheureux propriétaires avaient soustraits au pillage des troupes ennemies. C'est sans doute ce trait de charité envers les paysans qui a donné lieu à l'anecdote de la vache, cherchée toute la nuit et ramenée à son maître en larmes par Titlustre prélat lui-même. Historiette invraisemblable, dit-on, mais la légende est un hommage que la mémoire et Timagination populaire rendent à un homme^ dont la taille a dépassé les proportions communes.

Après les fuyards, ce fut le tour des officiers et des soldats blessés à Malplaquet. L'archevêque ouvrit sa maison à tous les officiers malades ou bien portants, français ou étrangers; il ne ménageait pas plus sa personne que sa bourse, il se montrait partout, parcourant les hôpitaux, exhortant les uns, consolant les autres. Les ennemis, émus de tant de bonté et de dévouement, respectèrent ses terres, qui devinrent ainsi des lieux de refuge, où les paysans pouvaient se mettre à Tabri. Ces terres, cultivées avec soin et non ravagées, fournirent le blé qui remplit les magasins de Tarchevêché. Fénelon proposa à l'intendant

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de Flandre tout cet approvisLoonenient pour h nourriture de Tannée, et il écrivit une lettre, où se montre toute sa générosité naturelle, à M. de Chamilkrdj ministre de la guerre. En 1710, il recommença ses présents, il sauva le=i troupes françaises de la misère. Le roi, cette fois, nous dit Saint-Simon, (ï ne put s'empêcher de lui faire dire plusieurs fois qu'il lui savait gré des secours qu'il donnait à ses troupes, n

Sa réputation grandit à Tétranger j les ofSciers ennemis se plurent à redire partout la bonté et le mérite de Tarchevéque de Cambrai; son nom ne parut aux yeux des peuples que transfiguré par les brillantes splendeurs de la plus belle des vertus : la charité. Le maréchal de Munich, fait prisonnier à Denain, à l'âge de vingt-neuf ans, et conduit à Cambrai, aimait à se rappeler plus tard, au milieu des vicissitudes de la vie la plus orageuse, campagnes de Crimée, victoire contre les Turcs, exil de vingt ans en Sibérie, apothéose après cette si longue disgrâce, aimait, dis-je, à se rappeler les jours heureux qu'il avait passés auprès de Fénelon; il semblait se reposer des agitations de sa brillante carrière par le récit des traits et des vertus, dont il avait été témoin à Cambrai. Ceux qui s'imaginent qu'une absorption plus ou moins fâcheuse dans le monde spirituel, est l'inévitable effet de la haute mysticité et qu'elle rend ceux qui s'y livrent moins soucieux des intérêts de ce monde, connaissent mal la vie de Fénelon. La spiritualité fortifie l'âme sincère et lumineuse; elle en est la plus grande puissance ; elle lui assure la sérénité et la libre disposition de tous ses moyens.

7* FÈNELON DIRECTEDR DE CONSCIENCE

Se souvenant des sages conseils qu'il avait donnés à Colbert, il écrivit dans son testa ment, daté du 5 mai lyoSj ces lignes qui témoignent comment il comprenait ses devoirs d^évèque, à une époque sur* tout où Texempie contraire était fréquent : « Quoique j'aime tendrement ma famille et que je n^oublie pas le mauvais état de ses affaires, je ne crois pourtant pas lui devoir laisser ma succession» Les biens ecclésiastiques ne sont pas destinés aux besoins des familles et ils ne doivent pas sortir des mains des personnes attaciiées à TÉglise K »

Fidèle à tous ses devoirs épiscopaux^ il menait dans son palais une vie de moine, « Il s'éveillait de bonne heure, dit Saint-Simon, mais la maigreur et la délicatesse de son corps le réduisaient à se lever tard. De son lit, il se faisait un cabinet pour dire son office et ses autres prières, voir et répondre à ses lettres, et administrer son diocèse ^ ce qui était bientôt fait par la grande connaissance qu'il en avait acquise. » Fénelon disait ensuite sa messe tous les jours dans sa chapelle^ et le samedi à la cathédrale. Ce jour-là j il confessait indistinctement tous ceux qui se présentaient* Les jours de fête, il officiait lui» même solennellement. L'unique plaisir de Féneîon était la promenade ; aussi se promenait-il beaucoup à pied et pendant longtemps, tantôt avec ses neveux, tantôt avec ses grands-vicaires, quelquefois seul : « Je m'amuse, je me promène, je me trouve en paix dans le silence devant Dieu », écrit-il un jour à son neveu,

I, Testament de Fdnelon, 57. — Œ, C.» X, p. 136.

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Les tournées épiscopales venaient seules apporter quelques changements dans cette existence si monotone. Il prêchait lui-même le Carême dans une des villes de son diocèse. Il charmait tout le monde par sa bonne grâce et son amabilité; rien ne pouvait l'arrêter, lorsqu^arrivait le temps des visites épiscopales, ni la guerre j ni la maladie. Il partait sans appareil, s'arrêtant dans les moindres villages pour y prêcher et y donner la confirmation. Il passait la plus grande partie de la journée à l'église, recevant avec bienveillance tout ceux qui venaient à lui. Comme il était vrai ce cri qu'il jetait au milieu de sa discussion avec Bossuet : « Nous sommes, vous et moi, Tobjet de la dérision des impies, et nous faisons gémir tous les gens de bien,.. Que les autres hommes soient hommes, c'est ce qui ne doit pas surprendre, mais que les ministres de Jésus-Christ, les anges de rÉglise, donnent au monde profane et incrédule de telles scènes, c'est ce qui demande des larmes de sang. Trop heureux, si, au lieu de toutes ces guerres d* écrits, nous avions toujours fait le catéchisme dans nos diocèses pour apprendre aux pauvres villageois à craindre et à aimer Dieu ^ » Les dernières années de sa vie fiirent les plus belles et les pins irréprochables. Il y eut en lui un dépouillement complet, un détachement d'espérances, si longtemps caressées dans le cœur, et que la pureté des intentions rendait si légitimes. Cette tendresse un peu vague

]. Lettre sur k réponse aux préjugés légitimes. Œ". C*, III, P ÎÎ4-

dans sa douceur, ces rêves de félicité publique se transformèrent en une active et efficace charité; il savoura cette pure et délicieuse vengeance qui consiste à réparer le mal qu*on n'a pu empêcher, à adoucir des souffirances qu'on eût voulu épargner aux hommes. Il sortit de là transfiguré; la reconnaissance du peuple le vengea des rigueurs royales. Quatre-vingts ans plus tard, lorsque les corps des archevêques de Cambrai furent enlevés à leurs cercueils de plomb, celui de Fénelon fut respecté et un tombeau magnifique lui fut érigé dans Téglise cathédrale.

En somme, la vraie gloire de Fénelon n'est pas seulement sa généreuse politique ou sa science, c'est encore l'élévation morale de sa personne, c'est sa sainte vie, c'est la noblesse de son âme. Voilà Tauréole qui rayonne sur la tête de l'archevêque de Cambrai. Si sa naissance a illustré le château de Fénelon plus qu'aucun autre membre de sa &mille, son épiscopat a, parmi ses contemporains, grandement illustré le diocèse de Cambrai et la France *.

i . Nous renvoyons le lecteur au Journal de Le Dieu, III, p. 154 (Mémoires et Journal, 4 vol. Paris, Didier, 1856). On. ne peut mieux compléter le portrait de Fénelon qu'en lisant le récit de la visite du secrétaire de Bossuet à Cambrai. Cest une peinture au naturel de Tarchevêque vieillissant; Le Dieu a montré, dans ce grand cadre du palais archiépiscopal, les qualités et les manières de l'hôte charmant et digne qui savait si bien plaire.

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