I. CE. C, VIII, p. SS4.--2. Ibid,, p. SS^.— 3- Ibid.^^Mh
l'aME DIEIGiE PAR FÈNELON t0
ponr son mari, plus douce pour ses domestiques, plus appliquée à sa famille et à ses affaires, plus ardente et plus sincère pour ses amis ; qui soit moins esclave de son humenij moins attachée à ses intérêts, qui aime moins les commodités de la vie?,.. Non, dites-vous, ce n'est rien de toutes ces choses. J'insiste et je vous demande : Qu'est-ce donc qu'une femme que l'on dirige? Je vous entends, c'est une fenmie qui a un directeur '. »
Les femmes que dirigeait Fénelon n'étaient pas ainsi. Le pieux archevêque avait une toute autre idée de la direaion. Aussi les personnes qui s'adressèrent à lui et suivirent ses conseils furent les meilleurs citoyens de l'État, les amis les plus fidèles dans la bonne et dans la mauvaise fortune, les chefs de famille les plus dévoués à tous leurs devoirs.
Quand on pense à la religion de Fénelon, on n'a dans la mémoire que les mots de contemplation, de passivité, d'abandon; on se représente une suite de prescriptions difficiles et impossibles; c'est une terre promise où ne peut entrer que le pur et le saint. Les discussions théoriques de la querelle du quiétisme ont fait tort aux Lettres spirituelles. Une simple lecture suffirait à détruire ce préjugé. La contemplation, cet acte par excellence des mystiques, nous ne voyons pas qu'il l'ait souvent conseillée. Il s'est expliqué làdessus dans une lettre fameuse à la Sœur Charlotte deSaint-Cyprien; nous en reparlerons.
Les lettres de direaion de l'archevêque de Cambrai
I. La Brayère, Les Caractères, ch. ce des Femmes ». (Éd. Hémardinquer, p. 74.)
IJO FÉNELON DÏRECTEDI DE COKSCrEKCE
sont le code de la femme chrétienne vivant dans le mondCj de Thomme d'État qui rend au Ciel ses devoirs, du citoyen qui sert sa patrie et son Dieu, Rien de trop, pour ne pas briser les ressorts de Tâme, mats imiter le Christ : Si quis vult post me vmire, abneget senietipsum et tollai crucem suam quoiidie^ et sequatur me \
Jamais directeur n'a mieux connu la grandeur et la faiblesse de Thomme^ n'a mieux proportionné ses conseils aux états d'âme de chacun^ n'a mieux démêlé les artifices et les ruses de l'orgueil, les vaines ambitions de l'âme.
La perfection immédiate^ les douceurs de l'amour divinj les pratiques extraordinaires, voilà le désir impatient des consciences délicates et ferventes. Elles ne se contentent pas des prières communes, il leur faut des livres élevés, une religion sublime; on en arrive à dédaigner la vie quotidienne et ses devoirs d'état* La paix s'en va, les tristesses se multiplient. L'esprit se trouble, ne se supporte pas lui-même : de pluSj s'il a des sécheresses, des répugnances au bien, l'âme se croit perdue. Que faire? Changer de directeur, comme si la fer^^eur dépendait de la bouche de confesseurs différents, tomber dans le dégoût des pratiques religieuses ou dans le scrupule.
En face de ces consciences excessives^ regardons celles que formait Fénelon*
Le grand directeur se défie avec raison des visions ^ révélations ou autres faits extraordinaires; il sait que