I. Œ, C, Vn, p. 36. Lettre au duc de Bourgogne
LE MORALISTE ïfil
filles et de femmes illustres par leur piété, qui noiit point laissé de nom,
Le savant directeur fut assez souple et insinuant pour répondre à tant d'âmes différentes. Dans des directions si diverses de ton et de mesure, il y a un fonds commun admirable : c'est k science du cœur et de la vie. Fénelon est un éminent moraliste. Il excelle dans les fines peintures et dans les délicates analyses de Tâme, trop intéressée souvent à s'ignorer : ft La mollesse est une langueur de l'âme, qui l'engourdit, et qui lui ôte toute vie pour le bien ; mais c'est une langueur traîtresse, qui la passionne secrètement pour le mal et qui cache sous la cendre un feu toujours prêt à tout embraser \ » Après un portrait du paresseux, supérieur aux plus beaux passages de La Bruyère, le moraliste ajoute : « Un tel homme, non seulement sera incapable de tout bien, mais il tombera peu à peu dans les plus grands maux. Le plaisir le trahira. Ce n'est pas pour rien que la chair veut être flattée. Après avoir paru indolente et insensible, elle passera tout d'un coup à être furieuse et brutale; on n'apercevra ce feu que quand il ne sera plus temps de l'étouffer. » Il faudrait tout citer.
Toutes ces peintures ne sont pas un vain exercice de psychologie, comme une étude d'anatomie. En même temps que le moraliste chrétien découvre au patient étonné les vices de sa constitution morale, il
I. Œ, C, VIII, p. 471. Cette lettre paraît avoir été écrite en 1689 à Honoré Charles d'Albert, duc de Montfort, fils aîné du duc de Chevreuse (1669- 1704).
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lui offre les remèdes j il frappe et guérit, il brise et console. Pour vous précaution ne r contre la mollesse, dit Fénelon, faites un projet pour remplir votre journée et suivez-le, quoiqu'il vous en coûte ; faites tous les jours une demi-heure de lecture méditée, où vous ne manquerez jamais de renouveler vos résolutions contre votre défaut ; vous ferez tous les soirs un examen de votre journée pour voir si la mollesse vous a entraîné; vous vous confesserez régulièrement de quinze en quinze jours à un confesseur qui connaisse votre penchant; enfin, ayez quelque bon ami qui vous avertira secrètement, quand il verra que votre mollesse commencera à vous engourdir.
Voici encore une fine analyse de la peine et du trouble : a La simple peine fait le purgatoire; le trouble fait Tenfer. La peine sans infidélité est douce et paisible, par Taccord où toute Tâme est avec ellemême pour vouloir la souffrance que Dieu donne. Mais le trouble est une révolte du fond contre Dieu et une division de la volonté contraire à elle-même ; le fond de Tâme est comme déchiré dans cette division \ »
Qui mieux que Salomon a décrit les vanités du monde ? Qui mieux que Bossuet a montré la petitesse en face de Dieu des plus grands personnages de la terre ? Fénelon reprend cette pensée qui devient sous sa plume une occasion de traduire une observation profonde : « Nous éprouvons dans les peines
I. Œ. C, VIII, p. 547. — Cf. aussi la lettre au duc de Chevreuse sur le passage de tétai de dépendance à Tétat de liberté, Œ. C, VII, p. 246.