‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 93 sur 254 · I. Œ. C, vni,p.6ii · texte numérisé non relu

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lîté, qui seraient regrettables dans un livre théologique, mais qui ne le sont guère dans des lettres de direction, adressées à une personne connue et capable de prendre les choses à leur réelle valeur'. En un mot, la solidité de Tensemble est irréprochable.

Ce qui rend difficile la poursuite de la dévotion, c'est l'amour-propre. Aussi, Fénelon, à la suite de saint François de Sales et des maîtres de la vie spirituelle, a-t-il recherché, dans les actions des personnes qu'il dirigeait, l'amour de leur volonté propre, sentiment presque insaisissable et partout présent.

L'orgueil est l'amour déréglé de sa propre excellence, par rapport à soi; c'est une complaisance excessive dans les biens que l'on possède, et une tendance à rapporter à son propre mérite ce que Ton tient de la libéralité divine ; plus souvent, une aberration qui Élit qu'on s'attribue des qualités imaginaires. « C'est, dit Bossuet, ce vice qui s'est coulé dans le fond de nos entrailles, à la parole du serpent qui nous disait, en la personne d'Eve : Vous sere{ comme des dieux. Et nous avons avalé ce poison mor-

I . Citons quelques exemples : <( L'abandon parfait va jusqu'à abandonner V abandon lui-même, » Œ. Ç., VIII, p. 578. Lettre 199*. — Cette pensée peut paraître excessive, mais, par le contexte, il n'est question de n'abandonner que l'amour-propre qui se complairait trop humainement à la pensée d'abandonner tout le reste. — « Le parfait amour... est content de souffrir sans savoir qu'il souffre bien et d*aimer sans savoir qt^il aime, » Œ. C, VIII, p. 563. Lettre 191*. Ici savoir n'est autre chose que sentir.

LE MORALISTE l6$

tel, lorsque nous avons succombé à cette tentation. Il a pénétré jusqu'à la moelle de nos os et toute notre âme en est infertée. . . C'est comme le vice radical d'où pullulent tous les autres vices, il se montre dans toutes nos actions. Mais ce qu'il y a de plus mortel, c'est qu'il est la plus secrète comme la plus dangereuse pâture de notre cœur'. » Pourquoi le cœur de l'homme est-il un champ d'une fécondité si surprenante pour les mauvaises choses? C'est que l'orgueil a jeté là ses profondes racines, elles s'y trouvent presque partout, quoique souvent elles soient imperceptibles; quelque bonne que soit la semence que vous ayez jetée, ne vous y fiez pas : pour peu que celui qui doit cultiver refuse son travail et le secours de sa main, le champ ne sera pas longtemps à se couvrir de ronces et d'épines.

Fénelon saisit l'amour-propre et ses déguisements partout, non pas dans les formules amères d'un La Rochefoucauld, mais dans une critique saine et complète. Les personnes qu'il dirigeait auraient voulu faire de grands pas dans la vertu, goûter les joies de Tamour de Dieu; le pieux directeur montre l'amourpropre qui se cache dans ces désirs impatients : a II ne faut point vous décourager ni par l'expérience de votre faiblesse, ni par le dégoût de la vie agitée que vous menez... Le découragement ne remédierait à rien, ce ne serait qu'un désespoir de l'amour-propre dépité... Jamais personne n'a eu un plus pressant besoin d'être humiliée par ses fautes que vous. Ce

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