LE MORALISTE I
mettre en pratique. Il conseille le recueillement, loraison et désigne le meilleur moment, le matin, dans sa chambre : « Tenez ferme, retranchez-vous, surtout le soir, pour vous préparer une matinée plus libre; mais quand la Providence vous entraîne dans des embarras inévitables, ne vous troublez point '. »
Ces minutieux conseils, il semble qu'ils ne peuvent partir que de la même sollicitude qui les faisait noter. Fénelon a connu la vie pour la peindre si exactement. La morale de sa correspondance est plus pratique que théorique. Jamais directeur n'a mieux suivi Tâme confiée à ses soins. Ses Lettres ne s'adressent qu'à de grands personnages de la Cour et de la ville ; et déjà la variété des préceptes est étonnante. Nous connaissons assez Fénelon pour nous imaginer les conseils qu'il donnait à son peuple dans ses visites pastorales, loin de Cambrai, ou dans ses promenades dans les environs de la ville, qu'il faisait à pied avec l'abbé de Langeron. L'esprit de François de Sales, dont il était pénétré, charmait les auditeurs; Tonction, la grâce, la bonté renouvelaient les prodiges de Tévêque de Genève.
Le recueil des Lettres spirituelles nous oflFre une coUeaion de portraits particuliers, comme la Littérature française n'en a point d'autres. Fénelon y déploie toute la profondeur de son observation. On y sent tout le prix qu^il attachait à la paix du cœur par les développements qu'il donne à certaines lettres, par les analyses délicates des maladies psychiques,