Œ. C, VIII, p
2. Nous avons un jour fort surpris un moraliste, en lui disant que la vertu était une habitude. Sans doute, nous ne pouvons ignorer les luttes perpétuelles de l'homme ; il n'en reste pas moins vrai que la lutte nous donne la vertu qui, pratiquée longtemps, devient plus facile. En sens inverse, que de conversions rendues difficiles par les habitudes vicieuses! D'ailleurs, François de Sales parle quelque part d'une affection naturalisée dans l'àme (Œ.C., VI, p. 43), et Bossuet dit aussi que la vertu peut se tourner en nature par l'habitude.
Cet amour de Dieu, c'est la volonté constante de faire ce que l'on sait être agréable à Dieu. Et comme il est bien gardé ! Nous nous souvenons des distinctions subtiles de Fénelon parlant des facultés del'âme, distinguant la volonté inférieure et supérieure de l'homme ; on se rappelle cette suprême pointe de la raison, qui est conduite par une simple vue de l'entendement et un simple sentiment de la volonté ; la dévotion doit être à cette cime de notre âme. L'àme pourra être accablée de stérilités, de sécheresses, le corps, de travaux et de jeûnes; le fidèle n'a rien à craindre, s'il garde l'amour divin au milieu du cœur.
L'amour qui opère ces grandes révolutions n'est pas cet amour imparfait qui se confond avec l'espérance ; mais cet amour noble et désintéressé, l'amour de Dieu pour lui-même, l'amour pur. Quand on aime quelqu'un, non pour le bien qu'il nous fait, ni pour le bien qu'on en espère, mais pour lui-même, les forces grandissent et croissent. Tout est possible à l'amour; plus il est désintéressé, plus il est puissant, La forme dernière de la charité, c'est l'amour de complaisance, oubli total de soi , contemplation des amabilités infinies, adhésion ardente de toutes les puissances à la perfection du souverain bien. Il semble que la personnalité de celui qui aime va se perdre et se fondre dans l'essence adorable de l'éternelle bonté. Ici-bas, un tel amour ne peut être que l'élan fugitif, l'extase passagère de l'àme exilée ; mais quelle puissance et quelle force pour l'homme attiré vers ces divines clartés!
Les littérateurs, même catholiques, sourient toujours de cet amour pur. Qu'ils ouvrent un catéchisme élémentaire et qu'ils lisent la leçon de la contrition, ils verront qu'il y a deux sortes de contrition, la contrition parfaite et l'attrition. La contrition est