Œ. C, VIII, p
l8o FÉNELON DIRECTEUR DE CONSCIEN'CE
L'amour nourrit la piété ; or la piété est le tout de rhomme; elle nourrit même la foi. L'adhésion de l'esprit, la soumission de la conduite sont la matière de la foi; la piété en est l'âme. « Et que fait donc cette piété qui grandit et s'épanouit peu à peu dans toute la vie? Est-ce qu'elle ne transforme pas la vie spirituelle en un effort continu de l'àme, marchant de conquête en conquête, et gagnant ainsi, par les étapes successives d'une sorte d'ascension mystique, une révélation de plus en plus abondante du divin ( ij? »
Fénelon résuma un jour ses pensées sur cette question de l'amour de Dieu. Il écrivit au duc de Bourgogne une longue lettre, que nous avons le regret d'abréger. « ...Les hommes ne connaissent pas l'amour de Dieu : faute de le connaître, ils en ont peur et s'en éloignent. Cette crainte fait qu'ils ne peuvent comprendre la douce familiarité des enfants dans le sein du plus tendre de tous les pères. Ils ne connaissent qu'un maître tout-puissant et rigoureux. Ils sont toujours contraints avec lui, toujours gênés dans tout ce (ju'ils font. Ils font à regret le bien pour éviter le châtiment : ils feraient le mal s'ils osaient le faire, et s'ils pouvaient espérer l'impunité. L'amour de Dieu leur paraît une dette onéreuse : ils cherchent à l'éluder par des formalités, et par un culte extérieur cju'ils veulent toujours mettre à la place de cet amour sincère et effectif... O mon Dieu, si les hommes savaient ce que c'est de vous aimer, ils ne voudraient plus d'autre vie et d'autre joie que votre amour... Cet amour de Dieu ne demande point de tous les chrétiens des austérités semblables à celles des anciens solitaires, ni leur solitude profonde, ni leur contemplation : il ne demande d'ordinaire, ni les actions éclatantes et héroïques, ni le renoncement