CARACTÈRES DFÎ LA PIÉTÉ DR FÉNELON
plus pur du cœur de l'homme. Ils l'ont reg-ardée comme l'unique fondement de la bonne foi et de la justice dans l'humanité. La piété a de tels charmes que l'irréliiL^ion elle-même ne peut lui refuser toujours l'honneur ijui lui appartient. Le monde déclame contre la superstition et l'hypocrisie, mais il rend de secrets hommages à la piété ; il la vénère et quelquefois il l'admire.
On peut dire de la piété cette belle parole de Cicéron : Oinnes omnùim caritates tma ainplexa est. Tous les sentiments les plus fermes et les plus tendres, les plus nobles et (luelquefois les plus sublimes, la foi vive, l'amour généreux, la confiance fdiale, la reconnaissance pour les bienfaits de Dieu, l'adoration, la prière, le bonheur de chanter ses louanges, le zèle pour étudier sa loi, pour écouter sa parole, pour visiter ses temples, pour orner ses autels et célébrer ses fêtes, la piété est tout cela; en retour, dans le doux et intime commerce qu'elle entretient avec Dieu, elle reçoit, selon l'expression des saintes Ecritures, la rosée dît soir et la rosée du matin, le souffle d'en haut et le rayon du soleil qui fait croître et fleurir dans le cœur les plus aimables et les plus énergiques vertus: la patience et la force morale, l'énergie pour le bien, le courage invincible contre le mal, la résignation et le calme dans l'adv^ersité, l'héroïsme de l'àme dans les dures épreuves de la vie. Pour emprunter un langage poétique, la vraie piété est une douce mélodie qui résonne continuellement dans le sanctuaire intime et fait de l'àme pieuse une harmonie vivante, dont les sons, intraduisibles dans les langues humaines, forment une partie du concert invisible que l'Evangile appelle l'adoration en es-brit et en vérité. Quand une fois, dit saint Augustin, on a entendu cette musiciue supérieure, ces sons si doux et auxquels rien ne peut se comparer, siiperioris ctijusdam soiii niiniunt
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delectabilis et ïncoinparabilis et ineffabilis , on se fatigue du tumulte du monde.
Tout homme est capable d'aimer et peut, par conséquent, acquérir la piété. Il y a divers degrés dans cette religion du cœur, comme il y a plusieurs sortes de chrétiens. « Vous connaissez, dit Fénelon, son esprit vif et ses longues habitudes ; il faut lui passer bien des choses que je ne vous passerais pas. Dieu sait mieux que nous ce qu'il a mis dans chaque homme et ce qu'il doit exiger de lui ( i ). »
Si la perfection commune suffit au salut, beaucoup d'âmes délicates ne s'en contentent pas. Il est coutume de féliciter un soldat qui s'est bien battu, un médecin qui soigne les pestiférés, un prêtre qui arrête un combat meurtrier ; tous n'ont fait que leur devoir et ils s'étonnent de se voir tant flattés. Ce qui doit étonner, c'est de faire plus que le devoir ; rien n'exige cet héroïsme, mais les forts, les grands, les saints, contemplent avec amour les régions élevées ; comme l'aigle regarde le soleil sans être aveuglé, le héros ne rêve que le sublime sans être effrayé. Le Christ connaissait bien les désirs inégaux des hommes, quand il expliquait sa divine doctrine. Pour tous, il établissait des préceptes, condition essentielle du salut ; à quelques-uns, il disait ses conseils, but suprême de l'activité de l'àme, repos complet des grands cœurs. Il y a des âmes délicates qui recherchent une nourriture plus sublime. Tous les hommes vivent, les uns de mets grossiers, les autres de substances plus fines. Les âmes ont, comme les corps, besoin d'une nourriture proportionnée à leurs nécessités. Sénèque, (jui reconnaissait l'égalité de tous les hommes devant la science et la vertu (2), n'écrivait