‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 127 sur 250 · Galat., I · texte numérisé non relu

Galat., I

3. « Je tâche de plaire à tous en toutes choses, ne cherchant point ce qui m'est avantageux, mais ce qui IVst à phisieurs pour être sauvés. » 1 Cor., X, 33.

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« Jusqu'à quand nous fera-t-on ce reproche honteux, qui n'est peut-être que trop juste contre nous, et qui fait croire à tant de gens que la dévotion n'est cju'un langage : ce reproche si ordinaire qu'on nous fait, en disant que les gens, qui font profession de piété, sont les plus délicats et les plus sensibles ; que leur piété dégénère peu à peu en mollesse ; qu'ils veulent servir Dieu avec toutes sortes de commodités ; soupirer après l'autre vie, en jouissant de toutes les douceurs de celleci, et déclamer toujours avec zèle contre l'amourpropre, prenant néanmoins toutes sortes de précautions pour ne le mortifier jamais en eux ! »

La prière est la mesure de l'amour ; c'est elle qui entretient en nous la vie céleste, c'est le principal exercice de la piété. « Au nom de Dieu, disait Fénelon au duc de Bourgogne, que la prière nourrisse votre coeur, comme les repas nourrissent votre corps. Que la prière, en certains temps réglés, soit une source de présence de Dieu dans la journée. Cette vue courte et amoureuse de Dieu ranime tout l'homme, calme ses passions, porte avec soi la lumière et le conseil, subjugue peu à peu l'humeur, fait qu'on possède son àme, ou plutôt qu'on la laisse posséder à Dieu. »

Fénelon revient ici sur l'importance de la prière, « Prions donc, mais prions toujours en vue de nos devoirs. Ne faisons point des oraisons élevées, abstraites, et qui ne se rapportent point à la pratique des vertus. Prions, non pour être plus éclairés et plus spirituels en paroles, mais pour devenir plus humbles, plus dociles, plus patients, plus charitables, plus modestes, plus purs, plus désintéressés dans le détail de notre conduite... Y a-t-il rien de plus scandaleux que de voir une personne qui prie toujours sans se corriger, et qui, au sortir de ses oraisons, n'est ni moins

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légère, ni moins vaine, ni moins inquiète, ni moins chagrine, ni moins intéressée qu'auparavant? »

Notre zèle n'est-il point une imprudence autorisée du prétexte de la religion ? Notre, prudence n'est-elle point une politique charnelle? notre dévotion un effet de l'humeur, notre charité un amusement ?

Que toute racine d'amertume, dit saint Paul, soit détruite en nous : « Il y a un zèle amer qu'il faut corriger ; il va à vouloir corriger le monde entier et à réformer indiscrètement toutes choses ; à l'entendre, on croirait que tout est soumis à ses lois et à sa censure... L'origine de ce prétendu zèle est honteuse ; les défauts de notre prochain choquent les nôtres ; notre vanité ne peut souffrir celle d'autrui ; c'est par fierté que nous trouvons celle de notre prochain ridicule et insupportable... Si nous étions sans défauts, nous sentirions bien moins vivement ceux des personnes avec qui nous sommes obligés de vivre. »

Les chrétiens, les gens qui font même profession de piété, craignent souvent les jugements du monde; ils veulent avoir son approbation et règlent leurs procédés sur certains préjugés bizarres, suivant lesquels le monde loue ou condamne tout ce qui lui plaît. « Que notre prudence soit réglée par l'esprit de Dieu ; que ce ne soit point une prudence présomptueuse, une prudence accommodée à la dissimulation du siècle. »

Que les chrétiens amis de la piété ne s'appliquent pas à faire plier la règle de l'Evangile pour la conformer à leurs inclinations et à leurs intérêts. « On voit partout des gens cjui défigurent la religion en voulant la régler suivant leurs fantaisies et leurs caprices. L'un est fervent à la prière, mais il est dur et insensible aux misères et aux faiblesses de son prochain ; l'autre ne parle que d'amour de Dieu et de sacrifice, jiendant qu'il ne saurait souffrir le moindre contre-temps, ni la moindre contra-

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diction... Mettez chaque vertu dans le rang qui lui est destiné : |)ratiquez, selon la mesure de votre grâce, les vertus les plus difficiles, mais ne prétendez pas les pratiquer aux dépens d'autrui. La charité et la justice sont les premières de toutes les vertus humaines : pourquoi vous attacher aux autres au préjudice de celles-là? Soyez austère, mais soyez humble ; soyez plein de zèle pour la réformation des abus, mais soyez doux, charitable, compatissant. Faites pour la gloire de Dieu tout ce que son amour pour lui vous inspirera, mais commencez par les devoirs de l'état où il vous a mis ; sans cela vos vertus ne seront que des fantaisies, et, en voulant glorifier Dieu, vous scandaliserez tout le monde. » Jamais le bon sens n'avait parlé un si juste langage. Et « qu'est-ce qui décrie la piété parmi les gens du monde? C'est que beaucoup d'esprits mal faits la réduisent à des pratiques basses et superflues et abandonnent l'essentiel. ... La dévotion est pour eux un prétexte dévie douce, oisive, obscure... Ils ne veulent être dévots que pour se consoler, et t|ue pour trouver dans la dévotion un adoucissement aux peines et aux tribulations de la vie. Non, non, dit saint Jérôme, nous ne consentirons jamais que le monde ait, de la piété, une idée si basse et si indigne d'elle. De quelque manière que certaines gens veuillent la pratiquer, nous soutiendrons toujours à leur honte qu'elle n'est ni molle ni paresseuse. Le Fils de Dieu l'a dit, que le royaume qu'il nous promet ne peut être obtenu que par la violence. »

A l'égard du prochain, la piété doit nous apprendre à nous abaisser, à agir et à souffrir. « Il faut étouffer dans le fond de son cœur les jalousies naissantes, les petites recherches de son propre honneur, les vains désirs de plaire, de réussir, d'être loué ; les craintes devoir les autres préférés à soi; l'envie de décider et d'agir par soi-même ; la passion naturelle de dominer

et de faire prévaloir ses sentiments sur ceux d'autrui. » La vie est courte ; il la faut bien employer. Les bonnes œuvres accompagnent seules le juste au delà de cette vie. « -Faisons donc le bien selon les règles de l'état où Dieu nous amis, avec discernement, avec courage, avec persévérance. » Il faut souffrir. « Quiconque veut servir Dieu doit s'attacher à souffrir la persécution, comme dit saint Paul... Faites provision de courage et de patience, vous souffrirez des tribulations et des traverses qui vous ébranleront, si vous n'avez une foi et une charité bien affermies. »

Voilà la vraie et solide piété ; sa physionomie paraîtra sévère, mais souvenons-nous de joindre et d'unir ensemble les qualités aimables de la vertu aux qualités solides ; elles sont comme ces fleurs qu'on voit au printemps décorer le tronc d'un arbre vigoureux : fleurs brillantes et parfumées comme celles de nos parterres, moins éphémères qu'elles, puisqu'elles ne laissent tomber leurs feuilles que pour se transformer en fruits.

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