‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 144 sur 250 · DR LA THEORIE A LA PRATIQUE · texte numérisé non relu

DR LA THEORIE A LA PRATIQUE

liste et d'un psychologue. Comme les théories les plus brillantes et les démonstrations les plus claires restent impuissantes sur l'esprit, si le cœur n'est gagné, le directeur s'adresse à la source féconde de toute vie et de toute belle action ; il parle au cœur avec son cœur, et rien ne résiste à l'émotion tremblante de l'ami qui se penche attentif sur vos maux pour les guérir, sur vos douleurs pour les endormir, et sur vos doutes pour les illuminer.

Que doit donc enseigner le vrai directeur pour conduire les âmes dans la paix et le salut ? Fénelon ne conseille pas les pénitences corporelles à outrance et reconnaît bien fondé le précepte antique du mens sana ùt corpore sano.W rêve un chrétien gai, pacifique, content ; il veut que la piété brille dans le monde et, pour la préserver de tout contact impur, il la place au centre de l'être, dans le cœur. Ni les tyrans, ni les croix, ni les supplices ne peuvent vaincre l'asile saint de ce temple intérieur. On pourra me montrer les plus laids tableaux, me faire entendre les plus captivantes mélodies, l'amour du Christ, qui demeure en moi, est un divin ferment qui conserve mon àme et la mène à la gloire.

Loin de rendre la dévotion impossible par la multiplicité des observances extérieures, il réduit tout à l'amour qui rend tout aisé, même la pratique des plus héroïques vertus et des plus rigoureux préceptes. Vivez, faites vos devoirs d'état, voilà la pénitence quotidienne ; chaque jour suffit à sa peine ; c'est ce que conseille, c'est ce qu'ordonnerait Fénelon, s'il n'avait le talent de le faire comprendre dans un langage charmant. La piété, telle que la comprend Fénelon, c'est l'harmonie de l'être, prélude et base de l'harmonie universelle.

Les moyens, que le savant directeur nous communique pour arriver à ce résultat merveilleux, sont précisément

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ceux que les philosophes, tant anciens que modernes, ont tant vantés pour acquérir toute vertu naturelle, pour obtenir toute beauté morale, pour conserver tout sentiment élevé. L'examen de conscience, l'oraison et la pratique ne sont pas seulement la mécaniqu'e de la piété, mais de tout renouvellement moral, quel qu'il soit.

Telle est, en quelques mots, la théorie de la direction de conscience, comme on la trouve expliquée, ou tout au moins exposée dans la correspondance de Fénelon. Qu'arriva-t-il dans la pratique .-' Les plus beaux projets s'évanouissent souvent devant les nécessités impérieuses de la vie ; les plans, les mieux préparés, échouent devant les fantaisies d'une mer en courroux, devant les intempéries de l'air ou même devant un obstacle moindre encore. La réalité, vivante et présente, est l'épreuve irrévocable de l'idée pure. Les esprits chimériques s'arrêtent, inquiets et impuissants, devant les barrières de la vie positive ; ils construisent en l'air et la stérilité est le fruit de leurs rêves mythiques.

Que devinrent les idées de Fénelon sur la direction de conscience? Il faut le dire, jamais pratique ne fut plus conforme à la théorie. Nous le verrons dans la seconde partie de notre ouvrage. Déjà nous pouvons jeter un coup d'œil sur le pays à explorer.

La correspondance de Fénelon ne s'adresse qu'à des personnes de la plus haute distinction d'esprit, de cœur et de situation : ce sont des ministres, des grands seigneurs, l'épouse du roi, un héritier du trône, des femmes de la plus grande noblesse. Tout roule autour d'un même cercle ; l'aristocrate Fénelon, semblet-il, attirait les gentilshommes et les possesseurs des antiques blasons. Mais n'est-ce pas dans ces hautes sphères que la piété paraît difficiles pratiquer? N'est-ce pas à la Cour, au milieu des joies enivrantes, que la dé-

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