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CHAPITRE II

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Françoise d'Aubigné, petite-fille d'Agrippa d'Aubigné, le soldat-poète ami de Henri IV, naquit dans la prison de Niort, où son père, homme sans probité et sans mœurs, était enfermé, le 27 novembre 1635. ^^^ enfance fut malheureuse. Son père, sorti de prison à la mort de Richelieu, partit pour l'Amérique. Pendant la traversée, la petite Françoise fut si malade qu'on la crut morte. Le canon, qui devait saluer la disparition

du corps dans la mer, était déjà chargé. De retour en France, quelques années plus tard, elle fut plus malheureuse encore. Sa mère semble ne l'avoir pas aimée, au moins de cet amour tendre, si nécessaire aux enfants. Confiée successivement à deux tantes, elle changea de religion dans chaque demeure.

Jeune fille, elle partagea la misère de sa mère qui vivait à Paris, depuis la mort de son mari, d'une rente de deux cents livres. Les d'Aubigné étant de grande noblesse, on allait cependant dans le monde : cette jeune personne, en o robe d'étamine » et t trop courte », était la petite-fille d'un homme que Henri IV avait tutoyé.

Très vive et très spirituelle, elle fut distinguée par les juges les plus difficiles en qualités mondaines. « Fort belle et d'une beauté qui plaît toujours..., douce, reconnaissante, secrète, fidèle, modeste, intelligente... et n'use de son esprit que pour divertir ou se faire aimer. » C'est en ces mots que le chevalier de Méré recommandait, comme compagne de voyage, Mlle d'Aubigné à la duchesse Lesdiguières.

Cette jeune fille pouvait, en attendant, espérer un beau mariage ; mais, pressée par la misère, elle accepta la main de Scarron, poète burlesque, infirme, laid, malade, bon, amusant et assez aisé, puisqu'il lui reconnaissait vingt-quatre mille livres de dot par contrat ; elle avait seize ans. Mme vScarron ne fut pas malheureuse. La maison était gaie. Les dîners étaient célèbres et on se disputait pour en être. Huit ans passés, Scarron mourut ne laissant que des dettes. La famille contesta les vingt-quatre mille livres de rente reconnues à Mme Scarron, et celle-ci, renonçant à plaider, retomba dans une misère absolue.

Les amis d'hier ne l'abandonnèrent pas ; on obtint de la reine-mère une pension de deux mille

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livres; c'était l'aisance pour une femme aussi entendue.

Ici commence une nouvelle vie. Libre de soins, elle ne put se résoudre à une tranquille retraite. Elle se multijilia au service des autres; c'était un mouvement naturel, besoin d'action et besoin de plaire. Par le goût de se rendre utile, elle se rendait nécessaire. Tout le secret de sa fortune est là. Ces années furent les plus heureuses de son existence. Plus tard, elle reviendra, par la pensée, à ce temps où elle ne connut « ni chagrin, ni ennui ».

Cependant « son étoile » se levait, et la fortune vint la prendre par la main. Mme de Montespan cherchait une gouvernante pour ses enfants. Elle avait rencontré Mme Scarron chez les d'Albret : elle la reconnut apte à cette délicate mission. Un ordre du roi, que Mme Scarron exigea, leva les scrupules de sa conscience ; elle accepta. Bientôt les enfants grandirent et Louis XIV les reconnut ; la gouvernante vint habiter Versailles, reçut une somme importante qui lui permit d'acheter la terre de Maintenon et prit, par ordre du roi, le titre attaché à cette terre. Elle s'appela la marquise de Maintenon (1685). L'histoire ne la connaît que sous ce nom.

Depuis longtemps, Louis XIV estimait cette femme; il ne l'aimait pas ; elle lui paraissait trop élevée de pensées,. trop idéale, trop « sublime ». A travers cette conversation grave, il ne s'apercevait pas encore de ce bon sens clair, de cette raison ferme, qualités qu'il aimait tant chez les hommes. Peu à peu, le roi la vit plus souvent et goûta son esprit juste; il l'aima. Mme de Maintenon resta calme. Elle voulut détacher le roi de Mme de Montespan et le ramener à la reine : elle réussit, et Marie-Thérèse lui dut la consolation de ses derniers jours. La récompense fut inespérée. Dixhuit mois environ après la mort de la reine, un mariage

secret unit Louis XIV à celle qui était née dans la prison de Niort : elle ne fut pas reine, mais l'épouse du roi. Sans régner, elle gouverna plus que n'avait fait Marie-Thérèse. A la dernière maladie de Louis XIV, elle n'attendit pas le dernier soupir; quand elle eut reçu des médecins l'assurance que le roi ne reprendrait pas connaissance, elle partit « trop tôt pour une épouse peut-être. Etait-ce lassitude ou sécheresse de cœur ? Nous sommes tentés d'y voir plutôt, poussés jusqu'à un certain excès, cette raison ferme et ce sens juste des situations qu'elle avait à un si haut point. Rester jusqu'au dernier souffle , c'était sembler vouloir rester après, et après, ne plus savoir comment sortir. Situation fausse. Une reine devait rester, l'épouse devait disparaître (i). » Nous ne changeons rien à cette appréciation, nous aurions mis une nuance dans les derniers mots: « elle^(9//2ycrzï disparaîue. »

Elle se retira à Saint-Cyr : elle mourut le 15 avril 17 19. En 1793, Saint-Cyr fut dévasté et, en 1794, la tombe de la marquise, ayant été découverte dans le chœur de la chapelle, fut brisée, le cercueil violé, les restes profanés. Sainte-Beuve ajoute cette parole mélancolique : « Elle fut, ce jour-là, traitée en reine. «

Ce roman, qui fut l'histoire authentique de Mme de Maintenon, a été brillant plutôt que joyeux. Cette femme ne fut ni fille, ni mère, ni même épouse. Son père était vil, sa mère ne l'aimait pas, elle n'eut pas d'enfants, et elle épousa successivement deux hommes âgés et malades. Qui s'étonnera qu'un peu de sécheresse se soit glissé dans ce cœur comprimé ? Admirons plutôt cette gaieté qui passe à certains moments sur le front de cette femme toujours obligée de se contenir. Qui n'eut pas été saisi de vertige dans ces

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