‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 147 sur 250 · MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

MADAME DE MAINTENON

coups imprévus de cette merveilleuse fortune ? Françoise d'Aubigné était le bon sens et la ferme raison, et c'est pourquoi elle étonne encore aujourd'hui ceux qui ne veulent jamais voir ces qualités viriles chez des femmes : Consultons la raison, disait Louis XIV en se tournant vers Mme de Maintenon. T>'é]^ouse du grand roi nous charme par la droiture du cœur, par le sentiment net de la vérité des choses prati(][ues, le sens dîL réel.

Mme de Maintenon eut du génie en matière d'éducation. On sait comment elle fonda Saint-Cyr, pour élever gratuitement deux cent cincjuante demoiselles nobles, à c[ui le roi assurait ensuite des dots pour se marier ou entrer en religion. Mme de Maintenon fut une éducatrice merveilleuse, d'un sens droit et ferme, d'un tact exquis, d'un art infini pour façonner les esprits et les cœurs. Elle voulut faire des caractères droits et des esprits justes : grand principe pédagogique. Pour le détail, elle ramenait tout au rôle futur de la femme : il faut que ses filles soient plus tard des mères de familles pauvres, honnêtes, courageuses et sans orgueil. Cette œuvre de Saint-Cyr est excellente. Le bon sens sert à tout, et, quand le goût s'y joint, il opère des merveilles (i).

Fénelon, dès son entrée à la Cour, sut plaire à Mme de Maintenon; le charme de son caractère avait entraîné l'esprit et le cœur de cette femme supérieure ; elle lui montra une confiance qu'elle n'éprouva jamais

T. Les instructions de Mme de Maintenon qui ont trait au mariage, au célibat, à l'entrée des jeunes filles dans le monde, feraient à elles seules un traité de morale pratique, d'une élévation, d'un sérieux, d'une vérité qui mettent l'auteur en singulière estime dans les cœurs honnêtes. Cette femme eut bien mérité d'avoir une fille.

pour personne au même degré. C'est à l'hôtel de M. le duc de Beauvilliers que l'abbé de Fénelon se rencontra avec elle. Personne ne pouvait être indifférent au mérite d'un homme, dont l'imagination brillante et la conversation toujours animée ne s'écartaient jamais du bon goût et de la parfaite raison. C'était justement ce que prisait le plus la nouvelle épouse du roi.

M. de Saint-Simon nous dit que Fénelon possédait plus que personne le don de plaire; « qu'il avait pour cela des talents faits exprès; une douceur, une insinuation, des grâces naturelles qui coulaient de source; un esprit facile, ingénieux, fleuri, dont il faisait toujours un usage convenable à chaque chose et à chaque personne ; un abord facile à tous, une conversation légère et toujours décente ; un commerce enchanteur ; une aisance qui en donnait aux autres; cet air, ce bon goût, qu'on ne tient que de l'usage de la meilleure compagnie et du grand monde, qui se trouvait répandu de soi-même dans toutes ses conversations. »

Mme de Maintenon regardait plus haut encore que ces brillantes qualités ; elle voyait Fénelon sous des rapports plus sérieux : « J'ai vu encore aujourd'hui l'abbé de Fénelon, écrit-elle à Mme de Saint-Géran, il a bien de l'esprit ; il a encore plus de piété ; c'est justement ce qu'il me faut. » C'est donc la piété plus que l'esprit qui réunit la femme et le prêtre, et qui inspira à Mme de Maintenon le désir de voir et d'entretenir plus habituellement le précepteur du duc de Bourgogne.

Les critiques s'accordent à reconnaître quei^les avis de I-'énelon à l'épouse de Louis XIV ne sont pas seulement contenus dans les quelques lettres intercalées dans les Lettres spirituelles (i). Dans les histnic-

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