‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 155 sur 250 · I. Le surintendant signait ainsi · texte numérisé non relu

I. Le surintendant signait ainsi

tème de réformes dans les finances, la police, la législation, l'agriculture, l'industrie, le commerce et la marine. Son influence se fit sentir jusque dans les lettres et les sciences.

Le roi ne sut pas se rappeler toujours les services de Colbert et le peuple insulta son cercueil (1683).

En dépit des généalogies anciennes que la flatterie se plut à découvrir au ministre, Colbert est le véritable ancêtre de sa famille. Dès 1660, il avait acheté la terre de Seignelay. Il s'en fit donner les titres de baron, puis de marquis. En 1681, la terre de Chàteauneuf-sur-Cher fut également érigée par lui en marquisat. De son mariage avec Marie Charron, il eut de nombreux enfants. Les plus connus sont le fils aîné J.-B. Colbert, qui prit, à la mort de son père, le titre de marquis de Seignelay ; le marquis de Blainville, tué à la bataille d'Hochstedt {1704), et trois filles qui devinrent la duchesse de Chevreuse, la duchesse de Beauvilliers et la duchesse de Mortemart. Enfin, un fils fut archevêque de Rouen.

Ces nombreux enfants grandirent, entourés des plus beaux exemples de foi, de piété et d'honneur. La religion préparait à la patrie ses plus fermes soutiens. Colbert sa;vait que la source des plus beaux devoirs est une conscience délicate et nourrie par les pensées sublimes de Dieu, de charité, de dévouement. Dans sa maison, on lisait l'office de l'Eglise ; le ministre avait fait imprimer un bréviaire à l'usage de sa famille. Et cependant cet homme trouve à ses derniers moments qu'il n'a pas assez fait pour Dieu; parole remarquable, écho d'une belle âme, qui nous donne la mesure et de son dévouement au roi et de ses désirs infinis d'amour divin.

Voilà l'homme dont Fénelon dirigea les filles, gendres et fils. L'àme était déjà préparée à recevoir les sublimes instructions du vertueux et savant abbé. Il y aurait un livre intéressant à faire sur la fajiiille

LA FAMILLE COLRLRT J35

Colbert et Fénelon, nous ne pouvons qu'en esquisser les linéaments.

Trois filles de Colbert épousèrent trois membres de la plus haute noblesse ; les plus grandes dignités de famille et de Cour étaient réunies sur des personnes d'un goût élevé en religion et d'un rare sentiment d'honneur, a Les trois sœurs et les trois beaux-frères, dit J\I. de Bausset (i), montrèrent à la Cour une famille privilégiée, qui n'avait d'autre ambition que celle de rester fidèle à l'honneur et à la vertu ; jamais on ne la vit s'associer à aucune intrigue, ni s'avilir par aucune bassesse. »

Pénétrés de respect pour le roi, attentifs à lui plaire, par leur empressement à remplir tous les devoirs de leur charge, les ducs de Beauvilliers, de Chevreuse et de Mortemart ne se crurent point obligés à étendre leur complaisance jusqu'à flatter ses passions. Mme de jMontespan ne les vit jamais dans la foule de ses courtisans. Louis XIV, qui portait un sentiment naturel de décence et de délicatesse, au milieu même des erreurs et des séductions qui l'avaient entraîné, remarqua une conduite si noble et conçut pour eux une estime qui ne fléchit jamais. Quand le moment fut venu de choisir un gouverneur pour le duc de Bourgogne, le roi n'hésita pas à prendre le duc de Beauvilliers, sachant ainsi reconnaître la vertu.

Il lui laissait le libre choix des personnes qui devaient concourir à l'éducation du prince . Le duc ne fut pas longtemps à trouver le précepteur qui devait partager ces fonctions, il alla chercher Fénelon. Le duc et Tabbé se connaissaient depuis longtemps ; dès l'époque de son installation aux Nouvelles Catholiques, Fénelon avait été présenté par le marquis de Fénelon, son oncle, à M. de Beauvilliers. Ils étaient à peu près du même âge et

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