‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 162 sur 250 · I. Cf. Saint-Simon, VII, p · texte numérisé non relu

I. Cf. Saint-Simon, VII, p

de le renverser, la perte de ses enfants, celle de ce parfait Dauphin, nul événement ne put Témouvoir ni le tirer de ses occupations et de sa situation ordinaire, avec un cœur bon et tendre toutefois. Il offrait tout à Dieu, qu'il ne perdait jamais de vue; et, dans cette même vue, il dirigeait sa vie et toute la suite de ses actions. Jusqu'avec ses valets il était doux, modeste, poli : en liberté dans un intérieur d'amis et de famille intime, il était gai et d'excellente compagnie, sans rien de contraint pour lui ni pour les autres, dont il aimait l'amusement et le plaisir ; mais si particulier par le mépris intime du monde et le goût et l'habitude du cabinet, qu'il n'était presque pas possible de l'en tirer, et que le gros de la Cour ignorait qu'il eût une table également abondante et délicate (i). »

(L'amitié du duc de Chevreuse et de Fénelon ne se démentit pas un instant ; ce fut le duc qui surveilla l'impression des Maximes des Saints, allant s'établir chez l'imprimeur pour en corriger chaque feuille à mesure qu'elle était imprimée ; et quand l'orage éclata, quand la disgrâce sévère, irrévocable, fut prononcée, Chevreuse resta le fidèle ami de l'exilé.

La correspondance entre le duc et l'archevêque est très abondante, mi-politique, mi-religieuse, car c'est par lui que, pendant dix-sept ans, Fénelon continuait de correspondre avec son élève le duc de Bourgogne. Rien n'est plus touchant que la partie spirituelle. ;

Quelques extraits de lettres ajouteront au caractère du duc de Chevreuse et montreront le degré où il avait remis toute la conduite de sa vie aux mains de son cher archevêque. c( Jamais rien ne m'a touché plus vivement, mon bon duc, que votre lettre écrite, moitié à..., et moitié à

I. Saint-Simon, VI, p. 345 et 346. — Lire les pagres délicieuses ciui complètent ce portrait, au même endroit des Mémoires de Saint- Simon.

Versailles. Dieu vous bénisse, et se complaise en vous pour votre petitesse. Ne cessez point de vous défier de votre esprit curieux et de vos raisonnements ; craig-nez ce goût des gens d'esprit et des savants. Vous savez même qu'il y a certains dévots secs, critiques, dédaigneux et pleins de leurs lumières, qui sont d'autant plus à craindre pour vous, que votre goût, votre habitude et votre confiance vous ont tourné longtemps de ce côté-là. Pour vos affaires, n'y faites que ce qui vous paraîtra, devant Dieu dans l'oraison, que vous y devez faire pour l'éclaircissement des difficultés et pour mettre les juges en état de vous rendre justice. Comptez que les arrangements de raisons étudiées, les efforts empressés de sollicitations, les tours persuasifs, etc., ne feront pas autant qu'une application modérée, paisible et simple, où vous n'agirez qu'à mesure que la grâce vous fera agir sans ardeur naturelle. Surtout réservezvous des heures certaines pour prier, pour lire autant qu'il le faut, afin que la lecture nourrisse l'oraison, et pour apaiser l'ébranlement naturel que la multitude des affaires pressées cause. Tout dépend de là, et vous ne sauriez être trop ferme pour vous faire un retranchement contre le torrent des affaires qui entraîne tout (i). »

Quelques mois après, le duc de Chevreuse ayant perdu un fils au combat de Carpi, sur l'Adige, Fénelon lui écrit aussitôt une lettre de consolation. Jamais on n'exhorta les autres à la soumission et àl'abandon avec un cœur plus chaud et plus sensible ; c'est ce qui rendait ses paroles si efficaces :

« J'ai appris avec une sensible douleur, mon bon duc, la perte que vous avez faite. Dieu l'a permis et il faut se taire. Il ne nous reste qu'à prier Dieu pour celui que

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