I. Œ. C, VII, p
nous avons perdu. Vous savez que je l'aimais beaucoup et que j'ai toujours été sensible à ce qui le regardait. Je suis persuadé que vous portez en paix cette croix et que vous avez d'abord sacrifié à Dieu le cher enfant qu'il lui a plu de reprendre. Mais je suis en peine de la tendresse de Madame la duchesse ; quoique je ne doute nullement de sa conformité à la volonté de Dieu, je crains que son cœur n'ait beaucoup à souffrir, et je prie Notre-Seigneur de la consoler. Les douceurs de cette vie ne sont guère consolantes, et elles nous mettent presque toujours en danger de nous y attacher trop; mais pour les amertumes dont la vie est pleine, elles sont véritablement mortifiantes. Tout notre chemin est semé et bordé d'épines ; nous ne sommes ici» bas que pour souffrir et pour aimer celui qui nous éprouve par cette souffrance. Tous nos attachements les plus légitimes se tournent en croix. Dieu les rompt, pour nous unir plus purement à lui; et en les rompant, il nous arrache les liens du cœur, auxquels tenaient ces objets extérieurs. Il faut laisser faire à la main de Dieu, en toute occasion, cette opération douloureuse. Je dois plus qu'un autre sentir les peines de la bonne duchesse qui a tant senti les miennes. Je viens d'apprendre que de bonnes gens sont allées vous voir et j'en suis ravi, dans l'espérance que cette visite aura servi à soulager les cœurs. J'aurais voulu pouvoir être transporté invisiblement dans votre solitude. Mais il me semble que nous sommes bien près, lors même que Dieu nous tient éloignés ; c'est en lui que je ne cesse de vous porter dans mon cœur. Je le ferai, mon bon et cher duc, jusqu'au dernier soupir de ma vie (i). »
Fénelon n'était pas ennemi de Port-Royal, au point d'approuver les persécutions du pouvoir contre la