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CHAPITRE IV

LR DUC DR BOURC.OGNR

L'éducation d'un enfant du peuple, d'un fds de famille est une g-rave question. Demain, celui-ci succédera à son père dans Tadministration de ses biens et jouira peut-être de son influencedansles affaires du pays; celui-là se verra libre dans sa grande patrie, et l'on sait trop que le premier usag-e de la liberté est souvent d'en abuser. L'éducation d'un roi de France est d'une haute importance. De cet homme, pétri comme ses sujets de chair et d'os, animé comme eux d'un souffle divin qui lui donne la vie, de cet homme dépend la paix ou la guerre, le bonheur ou la ruine, la joie ou les larmes de toute la nation. Louis XIV le savait, et on peut le féliciter, lui surtout dont l'éducation avait été fort négligée, d'avoir cherché et trouvé pour son fils et son petit-fils, des hommes dignes de la mission d'élever et d'instruire des fils de roi. A côté du grand Dauphin, il place Montausier et Bossuet; quand le duc de Bourgogne est à peine âgé de sept ans, il choisit pour lui le duc de Beauvilliers, la vertu même, et Fénelon, la piété même.

Il ne nous reste rien du duc de Bourgogne que son éducation. La mort, deux fois cruelle, frappa le père et le fils à un an de distance et la France se réveilla un jour avec Louis XV! Qu'eiit été la France avec le duc de Bourgogne roi? qui pourrait le dire? Le jeune Joas élevé dans le temple devint prévaricateur. Le trône donne des vertiges comme toutes les grandeurs. Toutefois, il est bien permis, après nos multiples et sanglantes révolutions qui épuisent la patrie et l'entraînent dans l'anarchie civile ou militaire, il est permis de nous attendrir sur cet enfant sur qui reposaient tant d'espérances, tant de complaisances, tant d'avenir ; qui nous eût épargné, s'il eût vécu, le régent et Louis XV, le vice et la débauche, les courtisanes et le reste ; qui nous eût ménagé des réformes devenues nécessaires ; qui eût assis sur le trône la piété et la foi. Dieu et la charité.

Cet enfant fut le chef-d'œuvre de Fénelon.

Le duc de Bourgogne était le petit-fds de Louis XIV, le fils du dauphin Louis.

Tous les historiens reproduisent le portrait du royal élève peint par Saint-Simon : M. le duc de Bourgogne « naquit terrible, et sa première jeunesse fit trembler. Dur et colère jusqu'aux derniers emportements et jusque contre les choses inanimées, impétueux avec fureur, incapable de souffrir la moindre résistance, môme des choses et des éléments, sans entrer dans des fougues à faire craindre que tout ne se rompît dans son corps (c'est ce dont j'ai été souvent témoin). Opiniâtre à l'excès, passionné pour tous les plaisirs, la bonne chère, la chasse avec fureur, la musi(]ue avec une sorte de ravissement, et le jeu encore, où il ne pouvait supporter d'être vaincu, et où le danger avec lui était extrême ; enfin livré à toutes les passions et transporté de tous les plaisirs ; souvent farouche, naturellement

porté à la cruauté barbare en railleries, saisissant les ridicules avec une justesse qui assommait. De la hauteur des cieux, il ne regardait les hommes que comme des atomes avec qui il n'avait aucune ressemblance, quels qu'ils fussent... L'esprit, la pénétration brillaient en lui de toutes parts. Jusque dans ses fureurs, ses réponses étonnaient ; ses raisonnements tendaient toujours au juste et au profond, même dans ses emportements (i). » Pour finir, il avait une figure agréable, un regard plein d'intelligence, un fin et charmant sourire.

Fénelon comprit admirablement tout ce qu'il y avait à craindre d'une semblable nature, mais aussi tout ce qu'il avait à espérer d'un esprit si original et d'une âme si énergique : il aborda son redoutable et séduisant élève, armé d'une méthode qu'il avait longtemps méditée, savamment préparée et qui devait produire de merveilleux résultats. Il se prescrivit une règ-le capitale[ « celle d'observer à chaque moment le caractère du jeune prince, de suivre, avec une attention calme et patiente, toutes les variations et tous les écarts de ce tempérament fougueux, et de faire toujours ressortir la leçon de la faute même. Une pareille éducation devait être en action bien plus qu'en instruction; l'élève ne pouvait jamais prévoir la leçon qui l'attendait, parce qu'il ne pouvait prévoir lui-même les torts dont il se rendrait coupable par l'emportement de son humeur. Aussi, les avis et les reproches étaient toujours le résultat nécessaire et naturel des excès auxquels il s'était abandonné (2). » I

Rien ne fut négligé pour mener à bien cette éducation, si importante à l'Etat. Le gouverneur et le précepteur s'y donnèrent tout entiers, et ceux qu'ils s'étaient adjoints pour les aider dans leur tâche, l'abbé Fleury, MM. de Langeron, de Beaumont, Dupuy et de l'Echelle,

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