De Bausset, liv. I
ne ménagèrent ni leur temps, ni leurs peines. On vint à bout de ce qu'il y avait de physique dans les colères de l'enfant, par un régime dur, presque austère. Lorsque le jeune prince se livre à ses trop fréquents accès de colère, le gouverneur, le précepteur, tous les officiers et tous les domestiques de la maison se concertent sans affectation pour observer avec lui le plus profond silence. On évite de répondre à ses questions, on le sert en détournant les regards, on lui retire ses livres, on l'abandonne à lui-même. Bientôt, il est frappé de cet abandon, il se reproche sa conduite et il vient se jeter aux pieds de Fénelon qui le console. C'était tout ce que désirait l'habile précepteur.
Il fallait surtout gagner l'affection du jeune prince. « Une âme, menée par la crainte, en est toujours plus faible. » Le mot est de Fénelon. Ce qui manquait au duc de Bourgogne, impétueux et tendre, c'était l'expansion. Elevé au milieu de la froide étiquette de la Cour, il ne trouvait autour de lui aucune de ces chaudes affections, dont l'enfance a un besoin si impérieux ; sans mère pour le comprendre, à peine aimé par un père engourdi et peu intelligent, caressé de temps en temps par un grand-père entouré d'une auréole qui tenait chacun à distance, le pauvre enfant royal eût vécu sans trouver un appui véritable, si Fénelon n'eût compris que le vrai moyen de le vaincre était de l'aimer.
D'un autre côté, il ne fallait pas laisser mettre
son autorité en question, surtout avec un caractère
aussi violent ; aussi Fénelon développa une singulière
énergie dans la volonté de se faire respecter. « Le plus
: sûr moyen de maîtriser l'enfance est de l'aimer et de ne
[la craindre point, de se dévouer sans s'asservir ( ih »