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2î)2 FENELOX DIRECTEUR DE CONSCIENCE
prince devait nécessairement passer par Cambrai pour se rendre à sa destination. Il demanda à son aïeul la permission de voir à son passage son ancien précepteur. Louis XIV y consentit, mais avec une condition qui décelait toute la vivacité de ses premiers ressentiments. Le duc de Bourg-ogne se hâta d'écrire ce billet à Fénelon.
« A Péronne, 25 avril 1702.
« Je ne puis me sentir si près de vous sans vous en
témoigner ma joie et en même temps celle que me cause
la permission que le roi m'a donnée de vous voir en
passant ; il y a néanmoins mis la condition de ne vous
point voir en particulier. Rien n'a jamais pu diminuer
ni ne diminuera jamais la sincère amitié que j'ai pour
vous.
« Louis. »
L'entrevue eut lieu comme le roi l'avait exigée, en public, dans une hôtellerie où l'on relayait, appelée (£ Auberge de Dunkerque » ; elle fut courte et gênée par la présence des militaires et des magistrats, que le respect et le devoir avait attirés à la maison où le duc était descendu. L'archevêque assista au repas du prince et lui offrit la serviette, selon l'étiquette. A ce moment, le jeune homme éleva la voix de manière à être entendu de tous et prononça ces paroles remarquables qui disaient tant de choses en si peu de mots : « Je sais ce que je vous dois, vous savez ce que je vous suis. »
Le duc de Bourgogne se battit en bon prince. La nouveauté du spectacle et l'activité forcée le firent sortir de sa tranquillité ordinaire que l'on se plaisait parfois à taxer de mollesse. Fénelon recueillait avec avidité les moindres bruits sur le cher petit prince. Il écrivit à Beauvillicrs : « M. le duc de Bourgogne fait au delà de
tout ce qu'on aurait pu espérer... Au nom de Dieu, mon bon duc, tâchez de faire en sorte que le duc de ^Bourgogne soutienne ces merveilleux commencements. Je souhaite qu'il retourne à A^ersailles le plus tard qu'il se pourra, et qu'il s'affermisse dans sa bonne conduite avant que d'y retourner. Si, en y arrivant, il retombait dans tous les défauts dont il paraît guéri, on croirait qu'il n'a fait qu'un effort passager, qu'il n'est pas capable de se soutenir, et il demeurerait dans un triste état. Si, au contraire, il fait à \^ersailles ce qu'il fait à l'armée, il sera estimé, admiré du public, et toutes les critiques tomberont. L'inclination publique est toute pour lui, c'est une grande avance. Tout est défriché, il n'y a qu'à ne rien détruire (i). »
En 1703, le duc de Bourgogne reçut le commandement de l'armée du Rhin, sous la direction de Tallard. et de Vauban. Fénelon, apprenant cette décision, se hâta de lui faire passer des avis pleins de cette modération pratique et de ce bon sens parfait qui est le trait caractéristique des conseils sortis de sa plume : « Quand M. le duc de Bourgogne sera à l'armée, il aura raison de ne vouloir souffrir aucun excès de vin à sa table; mais il lui convient fort de continuer cette longue société de table et cette liberté de conversation pendant les repas qui a charmé^ les officiers dans la campagne dernière. Il est bon de continuer cette affabilité aux autres heures de commerce. Le prétexte naturel de se renfermer pour écrire à la Cour lui donnera toujours des heures de retraite pour les choses les plus solides... Quand il y aura à l'armée quelque désordre de mœurs, il peut donner des ordres généraux bien appuyés pour les réprimer, mais il ne faut point qu'il descende dans les détails : on l'accuserait de tomber par scrupule dans la rigidité et la