‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 193 sur 250 · I. Saint-Simon, IV, p. 176 et · texte numérisé non relu

I. Saint-Simon, IV, p. 176 et

contre le duc de Bourgogne qu'on accusait de timidité. Les amis du prince le défendirent. La Cour fut partagée en deux camps. Tous ces bruits arrivaient à Cambrai et pénétraient d'angoisse l'àme de Fénelon. Il sentit qu'il devait fortifier et soutenir ce jeune homme qu'on avait envoyé au péril, en lui donnant comme conseillers des adversaires déclarés. Il lui adressa une série de lettres qui mettent au jour la direction forte et pratique du directeur j^ Au commencement de septembre, il apprend que le prince songe à retourner à Versailles, avant la fin du siège de Lille, il lui écrit de rester à la tête des armées jusqu'à la fin de la campagne. « Quand un grand prince comme vous. Monseigneur, ne peut acquérir de la gloire par des succès éclatants , il faut au moins qu'il tâche d'en acquérir par sa fermeté, son génie et par ses ressources dans les tristes événements. »

Quelques jours après, ses inquiétudes sur ce point étant dissipées, il écrit de nouveau : « On ne connaît ni les autres hommes, ni soi-même, quand on n'a jamais été dans l'occasion du malheur, où l'on fait la véritable épreuve de soi et d'autrui. La prospérité est un torrent qui vous porte ; en cet état, tous les hommes vous encensent, et vous vous enivrez de cet encens. Mais l'adversité est un torrent qui vous entraîne et contre lequel il faut se raidir sans relâche... Sans la contradiction, les princes ne sont point dans les travaux des hommes, et ils oublient l'humanité. Il faut (ju'ils sentent que tout peut leur échapper, que leur grandeur même est fragile, et que les hommes qui sont à leurs pieds leur manqueraient si cette grandeur venait à leur manquer... Oserai-je vous dire ce que j'apprends que le public dit?.... On a conçu les plus hautes espérances des biens que vous pourrez faire ; mais le public prétend savoir (jue vous ne décidez pas assez, et que

VOUS avez trop d'égards pour des conseils très inférieurs à vos propres lumières (i)... »

Le duc de Bourgogne savait entendre ces vérités ; il répond en se disculpant très simplement. Les bruits défavorables persistant, Fénelon envoie une nouvelle lettre où toutes les accusations, portées contre lui, sont énumérées avec une vigueur de franchise qui devait sonner singulièrement aux oreilles du prince.

« Loin de vouloir vous flatter, Monseigneur, je vais rassembler ici toutes les choses les plus fortes qu'on répand dans le monde contre vous.

« On dit que vous êtes trop^articulier, trop renfermé, trop borné à un petit nombre de gens qui vous obsèdent . . . Vous avez, plus qu'aucun autre prince, de quoi contenter le public, dans la conversation. Vous y êtes gai, obligeant, et, si j'ose dire, très aimable : vous avez l'esprit cultivé et orné pour pouvoir parler de tout, et pour vous proportionner à chacun...

« On dit. Monseigneur, que vous écoutez trop des personnes sans expérience, d'un génie borné, d'un caractère faible et timide... On ajoute qu'ayant par vousmême des lumières très supérieures à celles de ces genslà, vous déférez trop à leurs conseils, qui tendent aux partis peu propres à vous faire honneur...

tt On dit qu'étant sérieux et renfermé, vous perdez néanmoins du temps pour les choses les plus sérieuses, par un peu de badinage qui n'est plus de saison...

« On dit, Monseigneur, que vos délibérations ne sont pas a.ss ez secrètes : que vous prenez peu de précaution pour les cacher;... le secret est l'àme des affaires.

a On dit. Monseigneur, ,que vous n'êtes pas assez bien averti, et qu'on ne prend pas assez.de soin, dans

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