‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 195 sur 250 · I. (i:. c, VII, p · texte numérisé non relu

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qui je suis plus accoutumé, et que je suis trop en cela mon goût naturel.

a Je ne sache point, dans tout ce qui s'est passé en dernier lieu, avoir consulté des gens sans expérience. J'ai parlé aux plus anciens généraux...

« Uest^vraique la présomption absolue de M. de Vendôme, ses projets subits et mal digérés... m'empêchent d'avoir aucune confiance en lui, et que cependant, j'ai trop acquiescé, dans des occasions où je devais au contraire décider de ce qu'il me proposait...

« Il est vrai que j'ai quelquefois badiné, mais rarement. PoùFîa perte du temps, elle a été plus considérable : mais souvent il n'y a que moi qui l'ai su.

« Les délibérations publiques sont véritables; mais on les peut mettre sur le compte de M. de Vendôme plutôt que sur le mien.

« Il en est de même de n'être pas bien averti ; et ce qui fait retomber sur moi ces articles, est que j'aurais dû agir autrement, et que je ne l'ai pas fait toujours, me laissant aller à une mauvaise complaisance, faiblesse, ou respect humain...

« Je tâcherai de faire usage des avis que vous me donnez, et priez Dieu qu'il m'en fasse la grâce, pour n'aller trop loin ni à gauche, ni à droite. Demandez de plus en plus à Dieu qu'il me donne cet amour pour lui, et de tout, et de moi-même, amis et ennemis, par lui et en lui... Voilà mes sentiments, mon cher archevêque, et malgré mes chutes et mes défauts, une détermination absolue d'être à Dieu (i)... »

Fénelon s'étonne de ce calme ; lui qui fut toujours maître de lui-même, il est cette fois poussé à bout. Il voudrait voir le prince faire quelque action d'éclat. Le 15; octobre, il écrit : « Monseigneur, quelque grande

retenue queLje veuille garder le reste de ma vie sur toutes les choses qui ont rap]:)ort à vousjpour ne vous commettre jamais en rien, je ne puis m'empêcher de prendre la liberté de vous dire encore une fois, par une voie très sûre et très secrète, ce que j'apprends que l'on continue à dire contre votre personne. Je suis plus occupé de vous que de moi, et je craindrais moins de hasarder de vous déplaire en vous servant, que de vous plaire en ne vous servant pas. » Après ce début remarquable, il continue :

a On dit, Monseig-neur, qu'encore que vous ayez infiniment écrit à la Cour pour vous justifier, vous n'avez jamais mandé rien de clair et de précis pour votre décharge, que vous vous êtes contenté de faire des réponses vagues et superficielles, avec des expressions modestes et dévotes à contre-temps... Ce qui est le plus fâcheux, I est qu'un grand nombre d'officiers qui reviennent de l'armée et qui vont à Paris, ou qui y écrivent, font entendre que les mauvais conseils des gens faibles et timides, que vous écoutez trop, ont ruiné les affaires du roi et ont terni votre réputation. J'entends ces discours répandus partout et j'en ai le cœur déchiré...

« On va jusqu'à rechercher avec une noire malignité les plus petites circonstances de votre vie, pour leur donner un tour odieux... On se plaint de ce que votre confesseur est trop souvent enfermé avec vous, qu'il se mêle de vous parler de la guerre...

tt Le vrai moyen de relever la réputation des affaires est que vous montriez une application sans relâche... Votre fermeté patiente pour achever cette campagne, forcera le monde à ouvrir les yeux et à vous faire justice, pourvu qu'on voie que vous prévoyez, que vous l^rojetcz, que vous agissez avec vivacité et hardiesse... Vous devez tenir bon jusqu'à l'extrémité dans l'armée, comme M. le maréchal de Boufflers dans la citadelle de

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Lille. Si on ne peut rien faire d'utile et d'honorable jusqu'à la fin de la campagne, au moins vous aurez payé de patience, de fermeté et de courage, pour attendre les occasions jusqu'au bout ; ... s'il y a cjuclque chose à espérer, c'est dans le temps où les ennemis seront réduits à se retirer ou à prendre des postes dans le pays pour y passer l'hiver. Voilà le dénouement de toute la campagne ; voilà l'occasion décisive ; pourquoi la manqueriez-vous?...

« Vous devez faire honneur à la piété, et la rendre respectable dans votre personne. Il faut la justifier aux critiques et aux libertins. Il faut la pratiquer d'une manière simple, douce, noble, forte et convenable à votre rang (i)... »

Le 25 octobre, nouvelle lettre aussi vive, et reçue avec la même douceur. « Le bruit public contre votre conduite croît au lieu de diminuer » , et il énumère encore tous les bruits qu'il entendait. «Il est amusé, inappliqué, irrésolu ; il mène une vie particulière et obscure ; sa dévotion est faible, timide et scrupuleuse sur des bagatelles. » Prévoyant que la campagne va finir, l'archevêque commence déjà à indiquer la conduite à tenir dès son arrivée à Versailles. « Quand vous arriverez à la Cour, plus on vous accusera de faiblesse, plus vous devez montrer par votre procédé, combien vous êtes éloigné de ce caractère en parlant avec Jorçe. » Dans une dernière lettre du 17 novembre 1708, Fénelon lui trace toute sa conduite dans ce moment critique avec une franchise extraordinaire que savait comprendre le prince : « Je suis fâché, écrivait le duc de Bourgogne, que l'éloignement où je vais me trouver de vous m'empêche aussi de recevoir d'aussi salutaires avis que les vôtres. Continuez-les cependant, je vous en supplie,

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