‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 203 sur 250 · I. Hausset, Vie de Fèiieloti, IV · texte numérisé non relu

I. Hausset, Vie de Fèiieloti, IV

vécu trois ans à son cher élève. \'oilà donc ces deux âmes à jamais réunies et il ne reste d'elles qu'un grand nom et un doux souvenir.

De belles espérances tombèrent en un seul jour. « Fénelon faillit former un saint, en voulant former un roi », a dit quelque critique. Où donc serait le danger ? La France a subi de plus mauvais gouvernements que ceux de Charlemagne et de saint Louis. On sait quelle mâle piété voulait Fénelon pour cet héritier du trône. Si la société intime du pieux Beauvilliers fut cause de défauts graves chez un prince, destiné à régner, il dut à Fénelon de s'en corriger. Il prenait mille peines pour satisfaire son maître, en se rendant digne de la couronne par sa conduite et par ses travaux. « Il projetait une réforme générale de la société française, empreinte de l'esprit aristocratique et chrétien des ducs de Beauvilliers et de Chevreuse; il méditait l'application d'idées politiques et économiques conformes aux propositions de Fénelon. Il devait à ce dernier de montrer pour le peuple une àme généreuse et compatissante, de décréter l'égalité de tous les citoyens devant la loi, de soumettre à l'impôt le clergé ^t^la noblesse^ de soulager ainsi le reste de la nation qui supportait toutes les charges du trésor. » Sous la bienfaisante influence de son illustre guide, « il réformait les monstrueux abus du régime financier, il régénérait l'agriculture et le commerce, dessinait le grand rôle de l'industrie et lui frayait la route. 11 comprenait que la paix était la vie des sociétés et il gémissait de cette longue guerre qui ensanglantait l'Lurope.

4 Ces projets, mêlés à des idées chimériques, contiennent des pensées et des aspirations qui décèlent une grande âme. La vie du prince est d'ailleurs le meilleur commentaire de son système. Il ne faut pas l'oublier, il écrivait à vingt ans, au milieu des séductions de la

puissance et au pied du trône; lui qui n'avait pas souffert, il a travaillé toute sa vie à soulager ceux qui souffrent. A ce titre seul, le duc de Bourgogne mériterait un pieux souvenir. Il est tombé avant l'heure, et ce travail interrompu a quelque chose d'inachevé qui désarme et qui touche (i). »

Hîinc taniunt ierrïs os tendent fa ia.

I. Ernest Morct, Quinze a77S du rèpir de Lattis XIV, II, p. 226.

Page 1