I. Œ. C, VII, p. 3:)). Littre du 4 janvier
LIv VIDAME D'AMIENS J37
nez-vous les affaires par le gros? allez-vous droit à la racine pour finir (i)... J'ai compris, par votre lettre, que vous vous noyez toujours dans vos paperasses et que votre vie se passe en menus détails. C'est manquer à votre vocation, négliger vos principaux devoirs, abandonner les bienséances, vous dégrader dans le monde et à la Cour, vous mettre hors de portée des grâces dont vous avez besoin, vous exposer à être sans appui dans des temps de trouble où les cabales ne manqueront pas de culbuter tout homme en place, sans crédit. De plus, vous usez à pure perte votre santé. Que n'apprenez-vous à vous faire soulager? Pourquoi ne vous accoutumez-vous pas à donner les détails à des gens subordonnés (2) ? »
Fénelon soutint toujours, avec le même zèle et le même bon sens pratique, les efforts du duc de Chaulnes, devenu son ami. Il profitait de toutes les occasions, pour l'entretenir de la soumission à Dieu, de l'humiHté, de la correction de ses défauts. Accablé de douleur par la mort du duc de Bourgogne, il épanchait sa tristesse dans le cœur de son nouveau confident ; les larmes donnaient de l'onction à ces derniers conseils : « Je ne puis, mon bon et cher duc, résister à la volonté de Dieu qui nous écrase. Il sait ce que je souffre ; mais, enfin, c'est sa main qui frappe et nous le méritons. Il n'y a qu'à se détacher du monde et de soi-même, il n'y a qu'à s'abandonner sans réserve aux desseins de Dieu(3). »Dixjours avant sa mort, Fénelon lui envoyait encore, de sa main défaillante, une longue lettre. C'étaient les mêmes avis cent fois répétés : « Tournezvous contre vous-même, faites des efforts constants et soutenus... Heureux l'homme qui se fie à Dieu et non
I. CE. C, VII, p. 385. — 2. Ibid., p. 385. Cf. aussi Ibid., p. 387. — 3. Ibid., p. 374.
à soi!... Que ne donnerais-je point, pour vous voir un nouvel homme!... Vous le pouvez, vous le devez; vous en répondrez au Maître. » Il pouvait mourir en paix; ses conseils avaient chang-é cette àme, avide de perfection.
Ne nous étonnons pas des exhortations perpétuelles et des reproches incessants du maître. Le duc de Chaulnes, converti par Fénelon, monte peu à peu dans le chemin de la perfection, truidé par un maître éminent; mais le cœur du juste n'est jamais satisfait icibas; et sans compter sur la faiblesse humaine et sur les exigences d'une conscience délicate, nous savons, par expérience, que l'homme lutte continuellement, et que la paix de l'àme ne sera complète que dans un monde meilleur.
La mort de Fénelon scella l'alliance du cœur du duc avec le cœur du Christ.