‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 214 sur 250 · MADAME DE GRAMO.NT · texte numérisé non relu

MADAME DE GRAMO.NT

gardé de son éducation janséniste, Mme de Gramont conserva, à travers les égarements de la jeunesse, un souvenir vivant des années d'enfance, et jamais a. la faveur ni le danger de la perdre » ne Font pu détacher de Port- Royal. Une anecdote, rapportée par Saint-Simon, nous initie à ce sentiment qu'elle portait vivace dans le cœur, en même temps qu'à la situation qu'elle tenait à la Cour,

« Le roi, qui passait toujours à Versailles l'octave du Saint-Sacrement, à cause des deux processions et des saluts, allait aussi toujours à Marly après le salut de l'octave. Il découvrit cette année (1699) que la comtesse de Gramont avait été passer quelques jours de cette octave à Port-Royal des Champs, où elle avait été élevée, et pour lequel elle avait conservé beaucoup d'attachement. C'était un crime qui, pour toute autre, aurait été irrémissible ; mais le roi avait personnellement pour elle une vraie considération et une amitié qui déplaisait fort à Mme de Maintenon, mais qu'elle n'avait jamais pu rompre, et qu'elle souffrait parce qu'elle ne pouvait faire autrement. Elle ne laissait pas de lui montrer souvent sa jalousie par des traits d'humeur, quoique mesurés, et la comtesse, qui était fort haute, et en avait tout l'air et le maintien avec une grande mine, des restes de beauté, et plus d'esprit et de grâce qu'aucune femme de la Cour, ne se donnait pas la peine de les ramasser, et montrait de son côté à Mme de Maintenon, par son peu d'empressement pour elle, qu'elle ne lui rendait le peu qu'elle faisait que par respect pour le goût duroi. Ce voyage donc, que Mme de Maintenon tâcha de mettre à profit, ne mit la comtesse qu'en pénitence, non en disgrâce. Elle, qui était toujours de tous les voyages de Marly, et partout où le roi allait, n'en fut point celuici. Ce fut une nouvelle. Elle en rit tout bas avec ses amis. Mais d'ailleurs elle garda le silence et s'en alla à

Paris. Deux jours après, elle écrivit au roi par son mari, qui avait liberté d'aller à Marly, mais elle n'écrivit ni ne fît rien dire à Mme de Maintenon. Le roi dit au comte de Gramont, qui cherchait à justifier sa femme, qu'elle n'avait pu ignorer ce qu'il pensait d'une maison toute janséniste, qui est une secte qu'il avait en horreur. Fort peu après le retour à Versailles, la comtesse de Gramont y arriva, et vit le roi en particulier chez Mme de Maintenon. Il la gronda, elle promit qu'elle n'irait plus à Port-Royal, sans toutefois l'abjurer le moins du monde ; ils se raccommodèrent, et au grand déplaisir de Mme de Maintenon, il n'y parut plus i ). »

Mme de Gramont avait alors cinquante-huit ans ; elle revint en effet, depuis le départ de Fénelon pour Cambrai, à ses préférences jansénistes, car il semble bien qu'elle se tint dans de justes limites tant qu'elle demeura sous la direction du pieux abbé. Dame du palais de la reine, le roi avait goûté son esprit, qui ajoutait les derniers charmes à sa beauté naturelle, elle « avait l'air d'une reine », dit Saint-Simon, qui nous tranquillise un peu par ces paroles : « C'était une femme qui avait eu des galanteries, mais qui n'avait pas laissé de se respecter, et qui, ayant bec et ongles, l'était fort à la Cour, et jusque par les ministres, qu'elle cultivait même très peu [2). »

C'est vers l'âge de quarante-cinq ans que la comtesse de Gramont commença de :;e confier à Fénelon. L'abbé était alors aux Nouvelles Catholiques, et il faut croire que sa réputation de bon conseiller avait dépassé les limites du petit cercle Beauvilliers et Chevreuse, où il avait ses grandes et ses- jDetites entrées. Pendant onze ans (1686- 1697), il soutint les efforts de cette femme, dont l'éducation première

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