Œ. C, VIII, p
2. Ses frères, qui étaient de rexpédition d'Irlande et du parti de Jacques II, échouèrent en quelque occasion particulière et furent blâmés à Saint-Germain. Fénelon lui envoya de belles Lettres sur les croix. Œ. C, VIII, pp. 601, (x)2, 60^.
reux; outre les douleurs du mal, vous avez celles des remèdes. Mais la douleur n'est pas ce qui vous fait le plus de peine : vous êtes courageuse et dure contre vous-même pour souffrir patiemment ; mais Dieu vous a prise par un autre endroit plus sensible qui est votre faible, il attaque votre délicatesse et votre propreté. Vous qui êtes d'un goût si exquis et si dédaigneux, vous êtes réduite à être dégoûtée de vous-même (n.» Chaque fois qu'il revient sur ce point pénible, Fénelon a soin de montrer combien l'épreuve est bien choisie, combien l'espèce de mal est appropriée à cette fine et fière nature, bien faite pour en ressentir l'affront. Il ne manque pas d'ajouter que « la lèpre de l'orgueil, de l'amour-propre et de toutes les autres passions de l'esprit, si nous n'étions point aveugles, nous paraîtrait bien plus horrible et plus contagieuse (21... Les choses, qui nous accablent et qui confondent notre orgueil, nous font encore plus de bien que celles qui nous recueillent et qui nous animent. Vous avez plus de besoin qu'un autre d'être abattue, comme saint Paul aux portes de Damas, et de ne trouver plus de ressource en vous-même. Plus la plaie est profonde, plus il faut que l'incision soit grande et douloureuse 131. »
C'est par ces fortes paroles que Fénelon guidait les femmes de la Cour de Louis XIV. L'onction adoucissait la rudesse de cette parole. Il fallait cependant que la comtesse de Ciramont fût d'un haut caractère pour entendre ces belles, mais austères exhortations : « Réjouissons-nous donc, lorsque notre Père céleste nous éprouve ici-bas par diverses tentations intérieures et extérieures; qu'il nous rend tout contraire au dehors et tout douloureux au dedans. Réjouissons-nous, car c'est par de telles douleurs que notre foi, plus précieuse que
1. tic. C ., \ m, p. 0U5. — 2. Ihid., p. 007. — .;. Ibid., p. (xjç.
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l'or, est purifiée... Qui sommes-nous pour lui dire : Par quel motif faites-vous cela? Il est le Seigneur et cela suffit : il est le Seigneur, qu'il fasse tout ce qui est bon à ses yeux. Qu'il élève ou qu'il abaisse ; qu'il frappe ou qu'il console; qu'il brise ou qu'il guérisse toutes les blessures; qu'il donne la mort ou la vie, il est toujours le Seigneur ; nous ne sommes que l'ouvrage, et par conséquent le jouet de ses mains ( 1 1 . »
Mme de Gramont écoutait avec courage cette parole de moraliste chrétien, qui ne sait point farder la vérité; elle trouvait même qu'il ne lui parlait pas assez souvent ; elle s'en plaignait et semblait croire que de plus heureux qu'elle occupaient ses soins. Il s'en défendait : « Ce n'est pas moi, Madame, qui suis difficile à voir, c'est vous. Souvenez-vous-en bien, et n'allez plus gronder contre les gens qui me gardent comme une relique. » Il était bon au point de ne laisser jamais un soupçon sans l'éclaircir.
^ L'affection de Mme de Gramont suivit Fénelon dans sa disgrâce. Il lui écrivait de Cambrai, le 12 septembre 1697 : « Jugez si ma sensibilité diminuera, lorsque vous redoublez si obligeamment vos attentions dans les circonstances où le reste du monde manque de mémoire. » Le silence se fit, le roi veillait; mais la femme forte n'oublia pas les derniers avis de celui qu'elle avait pris pour guide. « Je me contente de vous souhaiter un cœur abaissé sous la main de Dieu et adouci pour le prochain, un esprit simple comme la colombe et prudent comme le serpent... un véritable détachement du monde et de vous-même, dont la pratique soit réelle et constante. Toutes nos affaires vont bien, quand nous avançons celle-ci; car celle-là est l'unique pour nous. Succès, réputation, faveur, talent, commodités, ne sont que des pièges. »
i. Œ. c, \'in, p. 611.
Ce sont les dernières paroles de cette belle correspondance. Après la mort de M. de Gramont, elle se retira de la Cour, malgré le roi qui s'y opposa si fortement qu'il fallut attendre ; ses dernières années furent uniquement pour Dieu ; et dans sa dernière solitude, elle vécut saintement,
Saint-Simon nous fournit un dernier trait pour peindre les vicissitudes du monde. Mme de Gramont avait deux filles, de beaucoup d'esprit, mais de peu de fortune. « Leur mère écrit en mourant au roi ei à Mme de Maintenon, pour leur demander pour elles sa pension du roi. De ces deux lettres, l'une fut dédaignée, l'autre négligée. Tel est le crédit des mourants les plus aimés et les plus distingués durant leur vie. Il n'y eut ni réponse, ni pension (i). »