‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 222 sur 250 · MADAME DE MONTBERON · texte numérisé non relu

MADAME DE MONTBERON

tout à craindre d'un commerce trop intime ; aussi Fénelon répondit à ce noble dévouement par les plus grands ménagements. Il se garda, au début, de voir trop souvent le gouverneur, quoique sa femme n'eût pas tardé à prendre ses avis pour la diriger dans les voies de la perfection et pour calmer son âme agitée.

« Nous aurons quand il vous plaira, dit Fénelon à Mme de Montberon, une conversation particulière sur vos exercices de piété. Je la crois à propos, puisque vous ne voyez rien qui doive l'empêcher et ce sera dans le lieu que vous choisirez. Je n'ai eu jusqu'ici que des ménagements pour vous et pour votre maison ; quand on a la peste, on craint de la donner à ceux qu'on aime ; moins ils la craignent, plus on la craint pour eux ( i). »

Bientôt il ne fut plus question de disgrâce, ni de ménagements, et les Montberon reçurent les fréquentes visites de l'archevêque. La maîtresse du logis était une personne distinguée et d'une haute piété, mais atteinte d'une maladie que les auteurs spirituels ont souvent et longuement décrite, maladie terrible qui jette le trouble dans l'àme, la tristesse dans la vie et détruit tout ressort d'activité physique : le scrupule. Qui avait réduit cette conscience à cet état d'inquiétude continuelle ? Eprise de la plus sublime perfection, personne ne lui avait appris, dès le début de la vie chrétienne, que l'homme ici-bas attaché à la terre doit supporter les infirmités de la vie, que l'âme ressent le voisinage du corps, que le chrétien, dont les désirs sont si beaux et les élans si magnifiques, doit compter avec les impérieuses et inéluctables imperfections de l'être humain ; personne n'avait proposé de remèdes, tandis qu'il était temps encore. Quand Fénelon prit la direction de Mme de Montberon, la maladie

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