‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 235 sur 250 · LA SŒUR CHARLOTTE DE SALVTCYPRIEN · texte numérisé non relu

LA SŒUR CHARLOTTE DE SALVTCYPRIEN

tuel qu'on puisse être, la contemplation, ni acquise ni infuse, ne dispense jamais des actes distincts des vertus; au contraire, les vertus doivent être les fruits de la contemplation. » Ces dernières paroles étaient précisément dirigées contre les quiétistes ; il continue à parler contre eux: « Pour Jésus-Christ, il n'est jamais permis d'aller au Père que par lui; mais il n'est pas nécessaire d'avoir toujours une vue actuelle du Fils de Dieu, ni une union aperçue avec lui. Il suffit de suivre lattrait de la grâce, pourvu cjue l'àme ne perde point un certain attachement à Jésus-Christ, dans son fond le plus intime, qui est essentiel à la vie intérieure... Une voie, où 1 on n'aurait plus rien pour Jésus-Christ, serait non seulement suspecte, mais encore évidemment fausse et pernicieuse... Pour les lumières, les goûts et les sentiments auxquels vous dites : Vous n'êtes pas mon Dieu, etc., cela est encore très bon; il faut être prêt à être privé de ces sortes de dons qui consolent et qui soutiennent. » Puis il revient à la contemplation, le grand débat des quiétistes.

<i Le Verbe, en tant qu'il est incarné, quand il parle dans cette oraison, ne doit pas être moins écouté que quand*il parle sans nous représenter son incarnation ; en un mot, Jésus-Christ peut être l'objet de la plus pure et de la plus sublime contemplation... Il n'y a aucun état où l'àme la plus parfaite puisse ni marcher, ni contempler, ni vivre qu'en lui et par lui seul. Il ne suffit pas de tenir à lui confusément; il faut être occupé distinctement de lui et de ses mystères... Cette contemplation pure et directe, où nulle image, ni sensation n'est admise volontairement, n'est jamais, en cette vie, continuelle et sans interruption : il y a toujours des intervalles où l'on peut et où l'on doit, suivant la grâce et suivant son besoin, pratiquer les actes distincts de toutes les vertus, comme de la patience, de

l'humilité, de la docilité, de la vigilance et de la contrition; et, en un mot, il faut remplir tous les devoirs intérieurs et extérieurs marqués dans l'Evano-ile. »

C'étaitprendre position, nettement et enpeu de mots, contre les tendances des faux mystiques. Au reste, il ne voulait pas fermer sa lettre sans dire un mot des expressions si belles des mystiques autorisés et « dont j'entends dire tous les jours avec douleur qu'on a étrangement abusé... L^abandon n'est que le pur amour dans toute l'étendue des t*j3reuves, où il ne peut jamais cesser de détester et de fuir tout ce que la loi écrite condamne, et où les permissions divines ne dispensent jamais de résister jusqu'au sang contre le péché pour ne le pas commettre, et de le déplorer, si par malheur on y était tombé... L'activité que les mystiques blâment n'est pas l'action réelle et la coopération de l'àme à la grâce, c'est seulement une crainte inquiète, ou une ferveur empressée, qui recherche les dons de Dieu pour sa propre consolation. IJétat passif, au contraire, est un état simple, paisible, désintéressé, où l'âme coopère à la grâce d'une manière d'autant plus libre, plus pure, plus forte et plus efficace, qu'elle est plus exempte des inquiétudes et des empressements de l'intérêt propre. La propriété que les mystiques condamnent avec tant de rigueur, et qu'ils appellent souvent impureté, n'est cju'une recherche de sa propre consolation et de son propre intérêt dans la jouissance des dons de Dieu, au préjudice de la jalousie du pur amour, qui veut tout pour Dieu et rien pour la créature. »

Il s'occupe des « désirs distincts » pendant la contemplation : « Les désirs ne cessent point, non \A\xs que les actes, dans cette voie : car l'amour, qui est le fond de la contemplation, est un désir continuel de l'Epoux bien-aimé, et ce désir continuel est ilivisé en

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