Clément XI
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que celui de sainte Thérèse. Sa plume a des témérités que ne risquerait pas celle de Fénelon.
Mme Cornuau, devenue veuve, songe à devenir religieuse; pieuse, mais sans imagination, elle pense à une résolution définitive et elle est fort agitée. Bossuet lui dit : « Marchez en foi, en abandon^X en confiance, Dieu pourvoira à ce qui vous sera nécessaire. Ne raisonnez point sur ce qu'il veut de vous. Il veut, ma fille, que vous vous donniez en proie à son amour çXqne cet amour vous dévore . » Fénelon, dans tout le recueil de ses Lettres spirituelles , n'offre rien de pareil. Bossuet, d'autant plus hardi qu'il craint moins de devenir suspect, mêle dans ses images le sacré et le profane. « Quand la douce plaie de l'amour commence une fois de se faire sentir à un cœur, dit-il, il se retourne sans cesse et comme naturellement du côté d'où lui vient le coup, et à son tour il veut blesser l'époux qui, dans le saint cantique, dit : Vous avez blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse ; encore un coup, vous avez blessé mon cœur par un seul cheveu qui flotte sur votre col. Il ne faut rien pour blesser l'époux ; il ne faut que laisser aller au doux vent de son inspiration le moindre cheveu, le moindre de ses désirs. Car tout est dans le moindre et dans le seul, tout se réduit à la dernière simplicité : soyez douce, simple et sans retour, et allez toujours en avant vers le chaste époux; suivez-le, soit qu'il vienne, soit qu'il fuie; car il ne fuit que pour être suivi. » Fénelon n'eût pas tant osé, il n'eût pas écrit, ce semble, ce que Bossuet écrit à Mme de La Maisonfort : « Aimez les petites observances comme les grandes, c'est-à-dire, les cheveux et jusqu'aux souliers de l'époux et les franges comme les habits. »
Ce langage épithalamique si cher aux mystiques de tous les âges est prodigué par Bossuet avec une sorte de complaisance : « L'âme défaillante reçoit de l'époux un plus grand soutien que celui (Qu'elle
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demande : grande réserve avec tout autre qu'avec l'époux. »
Pour ce qui est de la hardiesse des tours que reproduit Bossuet, on dirait une gageure, quand on lit ces lignes : a Les caresses intérieui-es que l'âme fait alors à l'époux céleste lui sont d'autant plus agréables qu'elles sont plus libres et plus pleines de confiance. Mais il faut s'en tenir là, et l'épanchement où l'on se Sent porté envers les personnes qu'on sait ou qu'on croit lui être unies, a quelque chose de délicat et même de dangereux. Ne voyez-vous pas la chaste et fidèle épouse, en rencontrant ses compagnes, et celles qui sont disposées à chercher l'époux avec elle, sans leur faire aucune caresse, leur donne seulement la commission d'annoncer à son bien-aimé ses transports et l'excès de son amour. Cela veut dire qu'on peut cjuelquefois épancher son cœur, en confessant combien on est prise et éprise du céleste époux; mais qu'il ne faut pas aller plus loin; et quand l'époux sollicite sa fidèle épouse à chanter pour ses amis, elle lui dit : « Fuyez, mon bien-aimé; ce n'est point à vos amis que je veux plaire ; je ne me soucie pas même de les voir ni de leur parler; fuyez, fuyez en un lieu où je sois seule avec vous. »
En 1692, tandis que Mme Guyon parlait encore à Saint-Cyr, Mme Cornuau voulut avoir quelques idées précises sur Xamour désiniéressé ; elle s'adressa à Bossuet ; voici ce qu'il répondit : « Quand vous me pressez, ma fille, de vous répondre sur vos questions de l'amour de Dieu, vous ne songe/, pas ce qu'il faudrait pour y satisfaire, et que d'ailleurs cela n'est pas nécessaire. Car c'est là le cas où arrive ce que dit saint Jean : « L'onction ou l'Esprit-Saint vous enseigne tout. » L'amour s'apprend par l'amour; et à l'égard de ce pur amour, ce tju'il en faut savoir, c'est qu'il emporte un dépouillement universel. Cela va bien loin, et porte des
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impressions bien crucifiantes. « C'est pourquoi je ne croirais pas qu'il fallut ni le désirer, ni le demander à Dieu, et encore moins se mettre en peine de ce cjue c'est. Car le propre de cet amour est de se cacher soi-même à soi-même. Quand on le sent, pour l'ordinaire, on ne Ta pas ; quand on l'a, on ne sait pas ce (|ue c'est ; je veux dire qu'on le sait bien moins lorsqu'on l'a que lorsqu'on ne Ta pas. Car ([uand on ne l'a pas, on en raisonne comme les autres; mais quand on l'a, on se tait,* on ne sait qu'en dire, et on ne peut en parler, si ce n'est dans certains élans que Dieu envoie, quand on y pense le moins. » ^
Ce n'est pas là l'enseit^nement clair que donnait Fé- f Utf nelon ? Ici c'est une fin de non-recevoir. ; — )^ ^"^^^^
La pieuse veuve revient à la change; elle demalicïe des directions positives sur l'amour très riche qu'elle éprouve pour son époux céleste, clans un style très imagé, un peu matériel même. Mme Cornuau demande à Bossuet « le moyen de faire écouler tout son amour en Jésus-Christ ». « Quoi que je vous dise pour cela, répond-il, vous me pourrez demander encore le moyen de pratiquer ce moyen. Sachez donc, ma fille, qu'il y a des choses où le moyen de les faire est de les faire sans moyen. Car les faire, c'est les vouloir, et le moyen de les vouloir fortement, c'est de commencer tout dabord à les faire fortement en foi, c'est-à-dire dans la confiance (jue Dieu fait en nou;; le vouloir et le parfaire. »
Puis, pressé fortement, Bossuet se joue de son esprit : a Je n'en dirai pas davantage, je n'en veux pas savoir davantage, je n'en sais pas davantage, »
Fénelon parle de Ve/ai du silence clans la lettre à la Sœur Saint-Cyprien, clans un langage plein de (X\-. gnité (i). Or voici ce qu'en dit iîossuet : « L'utilité du